«La formation professionnelle n’a pas besoin d’une révolution, mais d’ajustements»

Etant responsables de la mise en œuvre de la formation professionnelle, les cantons sont des acteurs clés de cette branche de notre système de formation. La Conférence suisse des offices de formation professionnelle (CSFP), leur organe stratégique et opérationnel, est présidée depuis peu par Christophe Nydegger. Celui-ci, par ailleurs chef du Service de la formation professionnelle du canton de Fribourg, nous entretient ci-dessous de l'importance grandissante de la formation professionnelle, du rôle des employeurs au sein du partenariat et de ses objectifs prioritaires dans ses nouvelles fonctions.

La stratégie «Formation professionnelle 2030» trace dans les grandes lignes l’évolution de ce secteur de l’éducation pour les prochaines années. Du point de vue des cantons, comment voyez-vous l’avenir du système suisse de la formation professionnelle?
Ce système fonctionne très bien. Il n’a donc pas besoin d’une révolution, mais d’un certain nombre d’ajustements, concernant par exemple l’orientation professionnelle des adultes. Aujourd’hui, de moins en moins de personnes exercent leur métier de base tout au long de leur vie. Avec la numérisation, des professions vont disparaître et l’enseignement supérieur et la formation continue prendront de plus en plus d’importance. L’éventail des services d’orientation professionnelle doit être élargi en conséquence. Une autre piste de réflexion va dans le sens d’un tronc commun de la formation pour plusieurs métiers, par exemple ceux du bois, sur les deux premières années d’apprentissage, avant la spécialisation dès la troisième année. Nous avons un grand nombre de métiers en Suisse et cette formule permettrait d’exploiter des synergies. Les cantons s’efforcent également d’améliorer entre eux le travail en réseau. Nous mettons en place un nouveau programme à cet effet. Par exemple, aujourd’hui une entreprise implantée dans sept cantons doit remplir sept formulaires différents pour le portail Internet d’orientation professionnelle. Nous voulons simplifier cela.

Quelles notes attribuez-vous au partenariat en matière de formation professionnelle, c’est-à-dire à la coopération entre la Confédération, les cantons et les organisations d’employeurs et de travailleurs?
La coopération basée sur le partenariat est fortement ancrée dans la formation professionnelle; nous l’avons pour ainsi dire dans le sang et nous sommes habitués à trouver des compromis. Un exemple de cette collaboration bien établie est le processus stratégique «Formation professionnelle 2030»: Toutes les parties ont pu faire valoir leurs idées dès le départ. Par exemple, les cantons attachent de l’importance à ce que l’enseignement général ne soit pas négligé à côté de l’enseignement spécialisé. De leur côté, les employeurs ont pour rôle de signaler ce dont le marché du travail a besoin, tant il est vrai qu’un programme qui répond aux besoins du marché est la clé du succès de la formation professionnelle. Au niveau fédéral, le partenariat fonctionne bien, mais à l’échelon cantonal, nous constatons que les organisations du monde du travail ne sont pas toujours suffisamment impliquées.

Récemment, le débat a été relancé au sujet de l’importance respective de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle. Dans quelle mesure cette question concerne-t-elle également les cantons?
La part de l’enseignement secondaire et celle de la formation professionnelle sont restées stables ces dernières années. Tant qu’il en sera ainsi, nous ne voyons pas la nécessité d’agir. Nous constatons cependant que les familles issues de l’immigration et celles où les parents ont fait des études supérieures ne sont pas suffisamment renseignées sur la formation professionnelle. Nous voulons informer encore mieux ces groupes cibles à l’avenir. Pour le reste, le point important dans le débat actuel est que chaque jeune puisse choisir le cheminement scolaire qui convient à ses capacités.

Vous avez été récemment nommé président de la Conférence suisse des offices de la formation professionnelle. Quels sont vos projets en ce début de mandat?
La CSFP a sa vision propre, qui s’inscrit dans la stratégie «Formation professionnelle 2030». Différents objectifs en découlent, parmi lesquels j’en mentionnerai deux. D’une part, nous voulons accélérer les processus. Nous avons récemment mis en place en quelques mois une nouvelle profession, celle de praticien/ne en chimie et pharmacie, sanctionnée par une attestation fédérale de formation professionnelle. Cela montre bien qu’on peut aller très vite quand le besoin s’en fait sentir. Parallèlement, il serait souhaitable de réviser les professions de secteurs en évolution rapide, comme celui de l’informatique, plus fréquemment que tous les cinq ans si nécessaire. D’autre part, nous voulons promouvoir l’intégration des jeunes étrangers sur le marché du travail, car tout le monde a intérêt à ce qu’ils reçoivent une éducation solide, s’intègrent à ce marché et se rendent ainsi indépendants du système social.

A ce propos, quel jugement portez-vous sur la mise en route du programme pilote de préapprentissage d’intégration destiné aux réfugiés reconnus et aux personnes admises provisoirement?
Depuis cet été, 18 cantons proposent des places d’apprentissage de pré-intégration offrant la possibilité aux participants d’entreprendre un apprentissage dans un délai d’un an. Dans certains lieux, toutes les places disponibles ont été occupées et dans d’autres, les cantons doivent attirer encore plus d’employeurs pour des missions en entreprise. Mais je suis optimiste quant à la réussite du projet. Dans le canton de Fribourg, par exemple, les entreprises ont à leur disposition un coach auquel elles peuvent adresser toutes leurs questions, ce qui facilite leurs efforts. Le projet offre également l’occasion aux branches souffrant d’une pénurie d’apprentis de trouver ceux qui leur conviennent.