Les employés aussi veulent de la flexibilité

Cet été, il n’était pas seulement recommandé de garder la tête froide pour sa propre santé. Dans le débat sur l’assouplissement du droit du travail, il aurait été souhaitable également de ne pas laisser la fièvre du combat politique échauffer les esprits. On a vu pourtant les syndicats dénoncer sans sourciller, dans des tonalités émotionnelles et alarmistes, «l’abandon brutal de la protection des travailleurs», le «repos dominical gravement menacé» ou la «nouvelle détérioration des conditions de travail», bref, pointer du doigt avec une pointe de panique une «mise en danger des dispositions de protection des travailleurs les plus fondamentales».

Pour redonner quelque objectivité au débat, un regard plus serein sur la réalité s’impose. Tout d’abord, le nombre d’employés qui pourraient faire usage de la flexibilisation des conditions de travail réclamée par deux interventions parlementaires est faible. A l’heure actuelle, il n’est pas encore possible de quantifier exactement les «travailleurs qui exercent une fonction dirigeante et spécialistes disposant d’une autonomie comparable» et les «salariés exerçant une fonction dirigeante et spécialistes occupant une position similaire» désignés par ces interventions. Il est toutefois évident qu’en Suisse, pas plus de 20 pour cent de la totalité des travailleurs exercent une fonction «dirigeante» et que la plupart des «spécialistes» en font aussi partie. Au reste, il est évident que pour les travailleurs en équipe et les employés liés aux horaires – en d’autres termes tous ceux qui n’ont pas d’autonomie en matière de temps de travail – rien ne changera. Par ailleurs, tous les employeurs ne feront certainement pas usage des nouvelles réglementations en question.

Ensuite, il est pour le moins discutable de déclarer que l’exemption de l’obligation de saisir son temps de travail équivaut à une «détérioration des conditions de travail» et correspond à l’obligation d’être disponible pratiquement 24 heures sur 24. Au contraire, l’horaire de travail basé sur la confiance mutuelle constitue un avantage indiscutable pour les employés qui en bénéficient. Il leur laisse une liberté appréciable pour aménager le début et la fin de leur travail, leurs pauses, leurs jours de travail et leurs jours de congé. Une plus grande souplesse aussi pour concilier leur métier avec d’autres tâches, généralement la garde d’enfants ou diverses responsabilités familiales. Les gens qui disposent d’une marge d’autonomie et de flexibilité sont généralement plus motivés et donc plus productifs – ce qui a un effet positif sur leurs salaires. A l’inverse, de nombreuses études scientifiques montrent que le manque d’autonomie et de liberté de manœuvre sur le lieu de travail est associé à des problèmes de santé. Un assouplissement de l’obligation d’enregistrer les heures de travail est donc positif non seulement pour l’employeur, mais aussi pour l’employé.

 

L’autonomie et la flexibilité au travail renforcent la motivation et la productivité.

Les faits sont clairs: avec leur stratégie de politisation du sujet sur le mode émotionnel et leur refus de la discussion ponctué d’affirmations tapageuses, les syndicats passent à côté des besoins d’aujourd’hui en matière d’organisation du travail. Dommage pour tous les employés qui occupent des postes dirigeants et qui souhaitent bénéficier des avantages d’une plus grande flexibilité et d’une plus large autonomie dans leur travail quotidien.