Le partenariat social au temps du Coronavirus

Le Coronavirus met le monde du travail sens dessus dessous. Dans ce contexte de crise exceptionnelle, la protection de la santé des travailleurs devient un impératif catégorique. L’Etat est appelé à la rescousse pour sauvegarder les emplois, garantir les salaires et couvrir les besoins de liquidités des entreprises. Si la puissance publique joue les premiers rôles, qu’en est-il des partenaires sociaux? Comment fonctionne le dialogue social en ces temps difficiles? Quels sont les points de friction?

De prime abord, le virus ne semble pas avoir affecté le modèle social helvétique fondé sur la culture du dialogue et la recherche de solutions pragmatiques. Depuis le début de l’épidémie, les centrales syndicales et les associations faîtières de l’économie participent à intervalles réguliers à des tables rondes, sous l’égide du Conseiller fédéral Guy Parmelin.

Les répercussions du Coronavirus sur l’économie et les mesures pour y faire face sont ainsi traitées de manière tripartite. Ces rencontres sont là pour nous rappeler la responsabilité conjointe de l’Etat et des partenaires sociaux face à la pandémie. Seules des mesures acceptées et soutenues par les organisations d’employeurs et de travailleurs s’avèrent pleinement efficaces.

Les partenaires sociaux ont salué le train de mesures annoncées par le Conseil fédéral à hauteur de 42 milliards de francs pour les employés, les employeurs mais aussi les indépendants. Mais cette apparente unité cache une divergence majeure: le shutdown.

Considérant que les mesures fédérales visant à ralentir la propagation du Covid-19 ne sont pas respectées dans les entreprises, le syndicat UNIA exige l’arrêt complet de l’économie. De la parole aux actes: des lettres comminatoires ont été envoyées à de nombreux chefs d’entreprises leur demandant de cesser leurs activités.

Ainsi donc, UNIA, qui compte 188’000 affiliés sur les quelque 5 millions d’actifs occupés en Suisse, s’arroge le droit d’ordonner aux entreprises de baisser le rideau. Au nom de quelle légitimité? La centrale syndicale se rend-elle compte des conséquences funestes qu’une telle décision pourrait avoir sur l’approvisionnement du pays?

Cette logique jusqu’au-boutiste fait fi des décisions du Conseil fédéral, qui sont fixées dans l’Ordonnance 2 sur les mesures destinées à lutter contre le Coronavirus. Cette base légale ne dit rien au sujet des entreprises. Conséquence: la poursuite du travail est possible en respectant des règles de sécurité définies par l’OFSP.

Contrairement aux dires de UNIA, les entreprises n’ignorent pas leurs responsabilités et mettent tout en œuvre – notamment en procédant à des aménagements intérieurs et en favorisant le télétravailpour garantir le respect rigoureux des mesures de protection exigées par les autorités fédérales. Les premières expériences montrent que là où les mesures édictées par l’OFSP ne peuvent pas être assurées, comme c’est parfois le cas dans le secteur du bâtiment, les employeurs prennent eux-mêmes la décision d’arrêter les chantiers.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «L’Agéfi».