«Discrimination salariale»: les critiques se font plus vives

Ces derniers jours, on pouvait à nouveau lire ici et là, au sujet de la supposée discrimination salariale à l’encontre des femmes, des déclarations péremptoires ne laissant apparemment aucune question ouverte. Le fait que les femmes gagnent environ 20 pour cent de moins que les hommes a été interprété sans distinction aucune comme une discrimination salariale. De manière tout aussi hâtive, on a affirmé que les écarts de salaire inexplicables entre hommes et femmes pour un travail de valeur égale faisaient toujours partie du quotidien.

En y regardant de près, ces déclarations répétées en boucle un peu partout dans le pays, et dernièrement aussi lors d’une manifestation organisée à Berne, reposent sur un fondement bien branlant. Comme l’Union patronale suisse l’a récemment affirmé dans sa prise de position sur l’égalité des salaires et à l’intention des médias, la méthodologie utilisée par la Confédération pour constater une discrimination salariale entre hommes et femmes présente des lacunes, car elle ne tient pas compte de divers critères entrant en jeu pour la fixation du salaire, par exemple l’expérience professionnelle. C’est pourquoi parler de «discrimination salariale» n’est que polémique et tentative de manipulation de l’opinion publique, comme la Basler Zeitung l’a relevé très justement.

En Allemagne, où la classe politique est également en train de réfléchir à des mesures légales pour lutter contre la «discrimination salariale», on avance des arguments plus honnêtes: selon une étude de l’office fédéral allemand de la statistique, les femmes gagnent certes 22 pour cent de moins que les hommes. Mais cet écart n’est pas considéré comme une discrimination des femmes, dans la mesure où le calcul néglige les différences structurelles sur le marché du travail, comme le fait que les femmes sont moins nombreuses à occuper des postes de direction que les hommes, qu’elles sont fortement représentées dans des professions telles que la vente ou les soins et qu’elles travaillent plus fréquemment à temps partiel. Si l’on tient compte de ces paramètres, l’écart se réduit à 7 pour cent, une différence qui n’est pas non plus considérée comme une discrimination. L’office de la statistique souligne expressément que les absences du marché du travail, par exemple, n’ont pas pu être pris en considération faute de données ad hoc. D’après les calculs de l’Institut de l’économie allemande, l’écart de rémunération ne serait même que de 2 pour cent pour les mères ayant été absentes du marché du travail pour moins d’un an et demi à la naissance d’un enfant.

L’article sur ce thème publié dans la NZZ souligne que le principe «d’un salaire égal pour un travail de valeur égale» paraît louable en théorie, mais ne tient pas compte des différentes facettes de chaque collaborateur. Pour que cette individualité puisse être prise en considération, le salaire doit être négocié entre l’employeur et le salarié – sans ingérence de l’Etat.

 

L’Office fédéral de la statistique ferait bien de s’inspirer de son homologue allemand et de revoir sérieusement sa méthodologie.

En Suisse, nous n’en sommes pas encore au point où les autorités remettent en question la notion de discrimination salariale. L’Office fédéral de la statistique ferait bien de s’inspirer de son homologue allemand et de revoir sérieusement sa méthodologie. Il vaudrait aussi la peine de s’intéresser de plus près aux systèmes de contrôle des salaires utilisés depuis longtemps avec succès par les branches et les entreprises. Jusqu’ici, la Confédération n’a pas prêté attention aux efforts déployés par l’économie privée en matière de contrôle des salaires. Reste à espérer que l’exemple allemand fera bouger les choses!