Age de la retraite: un tabou brisé

L’âge de la retraite n’est plus un sujet tabou en Suisse. Trois enquêtes en apportent la preuve éclatante. Après l’analyse VOTO, consacrée aux résultats de la votation sur la Prévoyance vieillesse 2020, et l’étude Vimentis «Opinion publique 2017», voici le sondage de l’Institut gfs.bern, qui vient confirmer que l’élévation de l’âge de la retraite est de mieux en mieux acceptée par la population.

Une forte majorité des personnes sondées par gfs.bern s’est prononcée pour un relèvement à 65 ans de l’âge de la retraite des femmes. Avec 78 pour cent d’avis favorables, les hommes soutiennent plus clairement cette mesure que les femmes (54%). La proposition est majoritairement acceptée dans les rangs de la droite bourgeoise aussi bien que dans les camps de la gauche et des Verts. On voit donc que la volonté du Conseil fédéral d’égaliser l’âge de la retraite à 65 ans est susceptible de rencontrer un écho favorable auprès d’une majorité de citoyens.

Des chiffres qui donnent le vertige
Le sondage portait également sur une proposition émanant de la Chambre de commerce et d’industrie de Thurgovie d’augmenter progressivement l’âge de la retraite des deux sexes à partir de 2021: soit chaque année de deux mois pour les femmes et d’un mois pour les hommes. Cela aurait pour effet de relever l’âge de la retraite à 66 ans pour les hommes et les femmes en 2032. Une courte majorité de 51% s’est prononcée en faveur de cette proposition.

Le vieillissement de la population plane comme une épée de Damoclès sur notre système de prévoyance vieillesse. Les chiffres donnent le vertige: selon l’Office fédéral de la statistique, le nombre des rentiers va exploser ces prochaines années passant de 1,5 à 2,6 millions de 2015 à 2040. Sur la même période, l’effectif des jeunes de moins de 20 ans augmentera légèrement de 1,7 à 1,9 million.

Conséquence: le financement des rentes repose sur des épaules de moins en moins nombreuses. Si en 1948, année de naissance de l’AVS, il y avait encore 6,5 actifs pour financer une rente, ce nombre devrait tomber à 2,3 actifs seulement en 2035, lorsque le gros de la génération du baby-boom arrivera à l’âge de la retraite.

Les Suisses ont saisi l’importance de ces enjeux démographiques. Ils semblent de plus en plus acquis à l’idée de travailler plus longtemps pour garantir la pérennité de leurs rentes. Les autorités fédérales seraient donc bien inspirées de prendre au sérieux les soucis de la société: une réforme de la prévoyance vieillesse digne de ce nom doit s’attaquer à l’âge de la retraite.

L’exemple des pays de l’OCDE
Une fois n’est pas coutume, les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques montrent l’exemple: la plupart d’entre eux ont déjà décidé d’augmenter l’âge légal de la retraite à 67 ou 68 ans, bien que l’espérance de vie y soit moins élevée qu’en Suisse. Les bienfaits d’une telle réforme se mesurent en espèces sonnantes et trébuchantes: selon les estimations, l’augmentation de l’âge de la retraite d’une année pour les hommes et pour les femmes soulagerait les finances de l’AVS d’un montant de 2 milliards à l’horizon 2030.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «L’Agefi».