Promouvoir l’emploi des seniors en combattant les préjugés

Une séance pour rien, un exercice alibi, une farce: les associations de seniors n’ont pas mâché leurs mots pour décrier la quatrième Conférence nationale sur le thème des travailleurs âgés, qui s’est tenue à Berne le 26 avril. Et, n’hésitant pas à joindre la parole aux actes, elles ont décidé de boycotter l’événement. Erreur. Les absents ont toujours tort.

La tenue d’un tel sommet, qui a réuni des représentants de la Confédération, des cantons et des partenaires sociaux, s’avère nécessaire à plus d’un titre. Dans un dossier très médiatisé et chargé d’émotion, cette conférence annuelle a permis de remettre les pendules à l’heure et de formuler, dans un esprit de compromis, des propositions frappées au coin du bon sens pour accroître l’employabilité des seniors.

Les indicateurs présentés par le Seco lors de la conférence contribuent à tordre le cou à quelques idées reçues selon lesquelles les seniors seraient les grands perdants sur le marché de l’emploi. Voyez plutôt. Entre 1997 et 2017, le taux d’emploi des 55-64 ans en Suisse a augmenté de 64% à 73%. Ce taux d’activité est l’un des plus élevé des pays membres de l’OCDE. Autre nouvelle réjouissante: en mars de cette année, le taux de chômage des personnes de plus de 50 ans atteignait 2,7%, soit 0,2% de moins que la moyenne suisse.

Force est toutefois de constater que les plus de 50 ans au chômage mettent en moyenne beaucoup plus de temps à retrouver un emploi que les plus jeunes. L’âge élevé associé à une formation inadaptée aux exigences du monde de travail actuel augmentent le risque de chômage de longue durée.

La priorité doit donc être donnée à l’adoption de mesures favorisant le retour à l’emploi de cette catégorie de chômeurs. Les participants à la conférence s’accordent à reconnaître la nécessité d’agir: des propositions pour venir en aide aux chômeurs seniors en fin de droit seront prochainement examinées.

Lors de la conférence, les représentants des employeurs ont lancé un appel pour mettre fin aux stéréotypes négatifs véhiculés à l’égard des travailleurs âgés. Trop souvent en effet, ces derniers doivent faire face à des préjugés sur leur supposé manque de rendement, de flexibilité et de créativité. Un changement culturel doit s’opérer afin que l’expérience professionnelle et le savoir-faire des seniors soient mieux valorisés.

Pour maintenir les seniors en emploi, les employeurs plaident pour un dialogue précoce, ouvert et transparent avec les employés en vue de définir leurs perspectives d’avenir professionnelles. Ils préconisent également la mise en place d’un système de formation favorisant l’apprentissage tout au long de la carrière professionnelle. Surtout, ils mettent en garde contre les velléités des syndicats de renforcer la protection des seniors contre les licenciements. Quand un chef d’entreprise sait qu’il ne peut plus licencier, il renonce à embaucher.

Le sommet du 26 avril s’est clos sur une note d’optimisme. En vue de l’obligation d’annoncer les postes vacants, qui entrera en vigueur le 1er juillet prochain, la déclaration finale de la Conférence relève que cette nouvelle procédure «renforcera de manière ciblée la réinsertion des demandeurs d’emploi, ce qui ne manquera pas de constituer un avantage pour les demandeurs d’emploi seniors».

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «L’Agefi».