Un revenu de base inconditionnel divise la société

Amoureux du farniente, unissez-vous! En soutenant, le 5 juin prochain, l’initiative pour un revenu de base inconditionnel (RBI), vous serez les heureux bénéficiaires d’une allocation de 2’500 francs par mois. Sans condition, ni contrepartie. Trop beau pour être vrai: affranchir la société de la contrainte du travail en plaçant chaque citoyen sous la tutelle financière de l’Etat constitue un dangereux saut dans l’inconnu, qui mettrait sens dessus dessous notre système économique et nos assurances sociales.

En Suisse, le travail fait le bonheur. Comme le relevait avec justesse Denis de Rougemont dans «La Suisse ou l’histoire d’un peuple heureux», le goût du travail est le mode existentiel des Helvètes, la base de leurs rapports sociaux et, souvent, le sens même de leur vie. Le refus, en 2012, de l’initiative pour les six semaines de vacances pour tous est là pour nous rappeler que ces propos sont toujours d’actualité. Or, en valorisant la liberté négative de ne rien faire, le RBI fait fi de cette vérité profonde.

Le RBI présente un défaut rédhibitoire: son financement, ou plutôt son manque de financement. Selon les estimations, 200 milliards de francs seraient nécessaires pour financer cette distribution tous azimuts de l’aumône de l’Etat. Seul un quart de ce montant pourrait être couvert par les ressources actuellement consacrées à la sécurité sociale. Il subsisterait donc une lacune de financement de 150 milliards de francs, ce qui correspond à presque un quart de la performance de l’économie suisse.

Qui paiera la facture? Les salariés, qui devront supporter une hausse des prélèvements sur leurs revenus. Et les consommateurs, qui subiront un doublement de la TVA. Alourdir massivement le fardeau fiscal des actifs, réduire drastiquement le pouvoir d’achat des consommateurs, tel est l’avenir radieux promis par les initiants.

Le revenu de base inconditionnel alourdirait massivement le fardeau fiscal et réduirait drastiquement le pouvoir d’achat.

L’initiative promet également de faire table rase du complexe édifice des assurances sociales. Douce illusion: l’allocation citoyenne, unique et généralisée, ne saurait remplacer l’assistance individualisée garantie par notre Etat providence, dont les prestations vont bien au-delà du minimum garanti par le RBI.

Ce dernier représente non seulement une incitation à ne plus travailler, mais également à ne plus se former. Pourquoi consacrer plusieurs années à se former si, au final, une généreuse allocation vous sera distribuée? De même, dans le contexte de l’après 9 février, l’introduction du RBI porterait un coup fatal aux efforts menés par la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux pour mieux intégrer la main-d’œuvre indigène – seniors, femmes, personnes atteintes dans leurs santé – sur le marché du travail.

Faire de la Suisse un pays d’assistés: le RBI apparaît comme la plus complète négation de notre modèle économique et social, qui apporte prospérité et cohésion nationale. En ces temps incertains, l’heure n’est pas à l’expérimentation sociale «sans happy end». Irréaliste, le revenu d’existence n’apporte aucune solution  aux nombreux défis – démographiques, migratoires et technologiques – que la Suisse doit relever.