Marché du travail

Le travail, le bouc émissaire facile

Les propositions des syndicats pour répondre à la hausse du taux d’absentéisme ne sont pas les bonnes.

L’Union syndicale suisse (USS) tire la sonnette d’alarme: les absences pour maladie en entreprise augmentent de manière dramatique en raison d’une pression accrue au travail. Une dérive qui appelle à un changement de cap: la centrale syndicale réclame des horaires de travail et de repos fiables et un renforcement de la protection de la santé au travail.

Quelles réponses face à cette offensive? Les syndicats n’ont pas tout tort. En effet, le taux d’absentéisme pour cause de maladie a augmenté ces dernières années, passant de 2,8 à 3,8 pour cent entre 2010 et 2024. Mais gare aux conclusions hâtives: le travail est trop souvent considéré comme un bouc émissaire.

L’origine des maladies psychiques, telles que le stress et le burn-out, est multifactorielle. Selon la Suva, les troubles de la santé associés au travail sont complexes et peuvent être déclenchés par différents facteurs, à la fois personnels et professionnels. Il est donc malaisé d’isoler les causes de ces maladies: qu’est-ce qui est responsable du stress, le quotidien au travail ou la vie privée?

La dégradation des conditions de travail favoriserait-elle l’absentéisme? Les chiffres disent le contraire

Autre constat: le taux de nouvelles rentes assurance invalidité (AI) augmente le plus fortement chez les 18-24 ans, soit chez des jeunes qui ne sont pas encore pleinement intégrés sur le marché du travail. Les experts s’accordent à dire que cette évolution préoccupante découle de l’omniprésence des réseaux sociaux.

La dégradation des conditions de travail favoriserait-elle l’absentéisme? Les chiffres disent le contraire. Depuis 2010, le temps de travail annuel par poste de travail est en diminution, alors que le nombre annuel de jours de vacances a augmenté. Le télétravail, qui répond souvent aux souhaits des employés, s’est imposé dans de nombreuses entreprises: la proportion de télétravailleurs a doublé en une décennie, passant de 18,2 pour cent en 2013 à 36,7 pour cent en 2023.

Aujourd’hui déjà, les employeurs s’engagent de diverses manières pour réduire les contraintes professionnelles. Nombre d’entre eux investissent dans des mesures de prévention et proposent à leurs collaborateurs des horaires flexibles. C’est un pas dans la bonne direction: l’étude de Sotomo La flexibilité dans le monde du travail, publiée en novembre 2024, montre que la souplesse des horaires de travail entraîne moins de stress et une charge plus faible.

Toutefois, tous les employeurs ne sont pas logés à la même enseigne. Dans des domaines tels que la santé, le commerce de détail ou la sécurité, la présence des employés sur place et le travail par équipes sont indispensables. Le durcissement général de la législation proposé par l’USS, qui fait fi du mode de fonctionnement de nombreuses entreprises, ne renforcerait pas pour autant la santé au travail.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».