Pas de diktat politique à travers l’initiative sur le personnel qualifié

11 février 2016 Opinions

En décembre 2015, le Conseil fédéral a décidé de renforcer une nouvelle fois cette initiative: les lacunes de la formation doivent être identifiées, le financement de la formation continue revient une nouvelle fois sur le tapis, les réfugiés doivent être intégrés au marché du travail et les entreprises de la Confédération sont priées d’engager et de former des autochtones. Tout cela, bien sûr, ne saurait aller sans le concours des employeurs. L’ennui, c’est qu’on risque, une fois de plus, de vouloir tout bonnement reporter sur ceux-ci une responsabilité supplémentaire.

Au dire du Gouvernement, ces mesures sont censées contribuer indirectement à la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration de masse en nous encourageant à chercher  sur le marché suisse davantage qu’à l’étranger les ressources en personnel dont nous avons besoin. A y regarder de près, toutefois, il est clair que ce programme veut imposer de nouvelles activités dont tout indique qu’elles ne pourront atténuer que très modestement la pénurie de personnel qualifié. Et l’on constate, par la même occasion, qu’il va au-devant d’exigences politiques formulées de longue date – notamment par la gauche – ou qu’il alimente les aspirations interventionnistes de certains politiciens.

Avec son initiative visant à combattre la pénurie de personnel qualifié, le Conseil fédéral  souhaitait au départ améliorer «les perspectives professionnelles des personnes actives habitant la Suisse». Mais entre-temps, sous la pression de la forte poussée migratoire, le voilà qui met prioritairement l’accent sur l’acceptabilité de l’immigration. Hélas, l’initiative sur la pénurie de personnel n’est pas un moyen adéquat de combattre la crainte diffuse de perte d’identité qui saisit une partie de la population. Il serait plus utile de traiter de front la question du scepticisme à l’égard des étrangers, puisque c’est elle, précisément, qui a poussé les citoyens à accepter l’initiative contre l’immigration de masse, alors que le sentiment concret de désarroi  – dans le quotidien professionnel notamment – n’a joué à cet égard qu’un rôle marginal, comme l’a montré entre-temps l’analyse des résultats de la votation. Sur ce point, le Gouvernement fait donc fausse route, avec de possibles conséquences imprévisibles.

 

Il serait plus utile de traiter de front la question du scepticisme à l’égard des étrangers, puisque c’est elle, précisément, qui a poussé les citoyens à accepter l’initiative contre l’immigration de masse.

En traitant maladroitement le thème et les problèmes de l’immigration, les autorités pourraient même aggraver la perception défavorable des étrangers par une partie de la population et aviver ses craintes d’une perte d’identité. Autre effet boomerang possible: celui de tomber dans le piège de l’activisme en éludant de plus en plus certains aspects de la réalité et en pensant devoir obtenir rapidement « encore plus ».

Face aux complications de la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration de masse, il s’agit de ne pas tourner le dos à une politique de la formation et du marché du travail qui a fait ses preuves. Chercher à s’entendre sur diverses thématiques politiques liées à l’approvisionnement du marché du travail en personnel qualifié est nécessaire et judicieux. Le vieillissement démographique de la société et la limitation de l’immigration rendent encore plus indispensable de s’en tenir à cette politique. C’est précisément la tâche de la Confédération – notamment du Département de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR). Du fait de ses responsabilité à l’égard du système de la formation et du marché du travail, tout comme de la politique sociale, la Confédération est bien celle qui peut prendre ici les bonnes décisions. De leur côté, avec les efforts qu’elles déploient en matière de formation et d’intégration, les entreprises suisses réalisent une performance unique au monde. La priorité consiste à mieux encore expliquer, coordonner et développer ces prestations conjointes des pouvoirs publics, des entreprises et – ne l’oublions pas – des individus. Une politique conçue pour avoir un réel impact économique serait une contribution digne de ce nom à la lutte permanente contre les pénuries du marché de l’emploi, reconnues comme une faiblesse de notre économie nationale.