L’avenir de l’AVS se jouera le 3 mars 2024

15 novembre 2023 Revue de presse Opinions

Une fois de plus, le destin de l’AVS se jouera dans les urnes. Deux objets concernant le premier pilier seront mis en votation populaire le 3 mars prochain: l’initiative sur les rentes et l’initiative pour une 13e rente AVS. Deux textes aux antipodes, susceptibles d’avoir un impact majeur, en bien ou en mal, sur le premier pilier.

L’avenir financier de l’AVS s’annonce sombre. Certes, l’introduction de la RFFA et l’adoption d’AVS 21 apportent un bol d’air bienvenu aux finances de l’institution. Mais le répit sera de courte durée: en 2030 déjà, le résultat de répartition de l’AVS sera dans le rouge. Et si rien n’est fait, son déficit cumulé pourrait atteindre les 100 milliards de francs d’ici à 2050.

 

Accepter la 13 rente AVS, c’est déshabiller Pierre pour habiller Paul

Face à un tel scénario, une réforme structurelle s’impose. C’est précisément ce que prévoit l’initiative sur les rentes lancée par les jeunes PLR. Celle-ci préconise d’augmenter l’âge de la retraite à 66 ans des deux sexes, puis de l’indexer sur l’espérance de vie. Un tel automatisme existe déjà dans plusieurs pays européens, dont le Danemark, la Suède et les Pays-Bas. En brisant le tabou de l’âge de la retraite à 65 ans, cette initiative permettrait à elle seule de stabiliser le premier pilier pendant des décennies.

Le deuxième objet soumis au souverain est d’une tout autre nature. Porté par les syndicats et la gauche, il demande de verser une 13e rente AVS pour améliorer le revenu des retraités. Mais pareille générosité a un coût: l’acceptation de l’initiative entraînerait des dépenses supplémentaires d’environ 5 milliards de francs en 2032.

Opposé à cette initiative, le Conseil fédéral relève à juste titre qu’il n’y a pas de marge de manœuvre financière pour une 13e rente de vieillesse AVS. Compte tenu des perspectives financières de l’AVS, cette proposition est inacceptable et irresponsable.

Mais alors qui paiera la facture? Les initiants laissent planer le doute. En réalité, ils envisagent de relever à la fois les cotisations salariales et le taux de TVA. Une fois de plus, les entreprises et les consommateurs seront les grands perdants de l’opération. Accepter la 13e rente AVS, c’est déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Si les retraités verront leur rente AVS augmenter, rien n’est prévu en revanche pour les bénéficiaires d’une rente AI ou d’une rente de survivants. Cette inégalité de traitement entre les assurés du premier pilier est difficilement justifiable.

A l’heure actuelle, la grande majorité des retraités disposent déjà d’une rente qui garantit le minimum vital. Une 13e rente pour tout le monde rate donc sa cible. Qui plus est, les retraités dans le besoin bénéficient déjà d’une aide financière par le biais du système éprouvé des prestations complémentaires.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».