L’heure est au renforcement de la protection sociale. Versement de la 13e rente AVS, initiative sur le congé parental, nouvelle allocation de garde, hausse des allocations familiales, les projets allant dans ce sens se multiplient dans la Berne fédérale. Or, cette extension de l’Etat providence a son revers: 12 milliards de francs seraient nécessaires pour financer les nouvelles prestations sociales.
Dans les débats parlementaires, l’augmentation des cotisations salariales est souvent privilégiée comme solution de financement. Alourdir le coût du travail, en appelant employeurs et employés à la rescousse, est-ce bien raisonnable?
Une étude commandée par l’Union patronale suisse à l’Institut BSS de Bâle en collaboration avec Marius Brülhart, professeur d’économie à l’Université de Lausanne, met en garde contre une telle approche: taxer davantage le travail génère plusieurs externalités négatives sur le marché de l’emploi et la consommation, et affaiblit l’attractivité de la place économique suisse.
Augmenter les cotisations salariales, c’est ipso facto renchérir le coût du travail et baisser les salaires nets
Augmenter les cotisations salariales, c’est ipso facto renchérir le coût du travail et baisser les salaires nets avec, à la clé, deux inconvénients majeurs: côté employeurs, une diminution de la demande de main-d’œuvre; côté employés, une réduction de l’incitation au travail. Une situation perdant-perdant qui est susceptible de freiner la croissance économique à long terme.
Les femmes et les travailleurs plus âgés sont les plus exposés à l’érosion du salaire net. Ils seront donc plus rétifs à augmenter leur taux d’occupation ou à rester sur le marché du travail. Cela est en contradiction avec les efforts déployés par l’Etat pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre.
Le piège des cotisations salariales est également mis en exergue par les auteurs de l’étude. De prime abord, un point de pourcentage supplémentaire peut paraître minime sur la fiche de paie. En réalité, cette légère hausse peut peser très lourd sur l’ensemble de la vie active: la facture se monte jusqu’à 27.000 francs pour les ménages se situant au milieu de la répartition du revenu.
D’un point de vue intergénérationnel, la TVA est clairement l’instrument le plus équitable car elle répartit la charge sur tous les consommateurs
Une hausse de la TVA serait-elle préférable à une augmentation équivalente des cotisations salariales? Oui, répondent les experts de l’Institut BSS. D’un point de vue intergénérationnel, la TVA est clairement l’instrument le plus équitable car elle répartit la charge sur tous les consommateurs. Autre avantage: elle n’affecte pas directement le travail rémunéré et prévient ainsi les incitations négatives sur le marché de l’emploi.
Les résultats de l’étude sont sans appel: taxer davantage le travail affaiblit la compétitivité des entreprises, aggrave la pénurie de main-d’œuvre et pèse sur les jeunes actifs. D’autres mesures s’imposent donc, notamment pour freiner l’endettement de l’AVS. La réforme AVS 2030, qui sera prochainement mise en consultation, doit privilégier des réformes structurelles, telles que le relèvement de l’âge de la retraite et l’introduction d’un frein à l’endettement.
Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».