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Le Conseil fédéral et la CdC et les quatre partenaires sociaux mettent conjointement en garde contre les conséquences néfastes de l’initiative du Chaos

Le 14 juin, le peuple suisse se prononcera sur une initiative de l’UDC qui demande de plafonner strictement la population suisse à 10 millions d’habitants. Le Conseil fédéral, la Conférence des gouvernements cantonaux et les quatre partenaires sociaux rejettent cette initiative. Lors d’une conférence de presse, le président de l’Union patronale suisse, Severin Moser, a mis en garde contre les graves conséquences pour le marché du travail et nos institutions sociales.

Lors d’une conférence de presse tenue aujourd’hui au centre des médias du Palais fédéral, le membre du Conseil fédéral Beat Jans a mis en garde contre les conséquences d’une acceptation de l’initiative du chaos, sur laquelle le peuple suisse se prononcera le 14 juin. À ses côtés se trouvaient le président de la Conférence des gouvernements cantonaux (CdC), Markus Dieth, ainsi que les présidents des quatre partenaires sociaux : Pierre-Yves Maillard, président de l’Union syndicale suisse (USS), Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse, Fabio Regazzi, président de l’Union suisse des arts et métiers (usam) et Severin Moser, président de l’Union patronale suisse (UPS).

Dans son discours, Severin Moser a expliqué pourquoi, du point de vue des employeurs, ce projet présente un risque élevé et doit donc être clairement rejeté :

«L’exigence d’un plafond démographique rigide peut sembler pratique à première vue. Toutefois, si l’on considère la réalité démographique de la Suisse, il est clair qu’un tel plafond constituerait un risque économique et relèverait d’une forme d’irresponsabilité politique. Un regard sur l’évolution de la population en âge de travailler, c’est-à-dire les personnes âgées de 20 à 64 ans, suffit pour s’en rendre compte: cette tranche de la population est le moteur de notre marché du travail, assure nos services essentiels et finance nos assurances sociales.

Depuis quelques années, une tendance claire se dessine: chaque année, le nombre de départs à la retraite augmente par rapport aux entrées sur le marché du travail. Cet écart continuera de se creuser dans les années à venir. En 2029, la baisse non compensée s’élèvera à quelque 30’000 personnes. L’écart restera négatif à long terme. Après 2040, une deuxième vague de départs à la retraite des classes d’âge à forte natalité suivra. La population active indigène diminue – et avec elle, le socle de notre prospérité.

Parallèlement, le taux de dépendance augmente de manière significative. Aujourd’hui, on compte 39 personnes à l’âge de la retraite pour 100 personnes en âge de travailler. D’ici 2050, il y en aura une cinquantaine. En d’autres termes : à l’avenir, il n’y aura plus que deux personnes en âge de travailler pour une personne retraitée. Une charge énorme pour notre assurance vieillesse et survivants financée par un système de répartition. Un plafond démographique rigide ne ferait qu’accentuer cette tendance, puisque l’immigration concerne principalement les personnes en âge de travailler, lesquelles contribuent à stabiliser le ratio entre cotisants et retraités.

Les conséquences d’un plafonnement seraient directement perceptibles sur le marché du travail. Aujourd’hui déjà, de nombreux secteurs se plaignent d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée – dans les secteurs de la santé, de la construction, de l’industrie, de la restauration ou de l’agriculture. Sans une immigration suffisante, cette pénurie s’aggraverait considérablement. Les entreprises flexibles pourraient délocaliser leurs activités à l’étranger. D’autres devraient refuser des commandes ou réduire leur offre. Dans les deux cas, la perte de valeur ajoutée est évidente.

Les répercussions sur les services essentiels seraient particulièrement graves. Les hôpitaux et les établissements de soins auraient encore plus de mal à trouver du personnel qualifié qu’aujourd’hui. Les listes d’attente et les goulets d’étranglement deviendraient réalité. Les transports publics, les restaurants et les hôtels seraient également confrontés à des problèmes encore plus graves qu’aujourd’hui. Un plafonnement rigide n’entraînerait pas plus de stabilité, mais un véritable chaos dans les services essentiels du pays.

Les conséquences pour le financement de nos assurances sociales seraient tout aussi dramatiques. Aujourd’hui déjà, le nombre de bénéficiaires de prestations augmente plus rapidement que celui des cotisants. La main-d’œuvre étrangère a ici un effet stabilisateur: les ressortissants de l’UE/AELE paient environ 25 pour cent des cotisations au premier pilier, mais ne perçoivent qu’un peu moins de 15 pour cent des prestations. Ils sont en moyenne plus jeunes, ont plus souvent un emploi et perçoivent des revenus plus élevés. Ils renforcent ainsi durablement le financement de l’AVS, de l’AI et des APG.

Si l’immigration nette cessait dans une large mesure, un nombre plus restreint de travailleurs devrait financer un nombre croissant de retraités. Le résultat de la répartition se détériorerait considérablement. Le maintien des droits à la rente entraînerait une augmentation de l’âge de la retraite, des cotisations salariales, de la TVA ou des contributions fédérales. L’augmentation des cotisations salariales et de la TVA renchérirait le travail, affaiblirait le pouvoir d’achat et pèserait sur les finances publiques. C’est exactement le contraire de ce dont nous avons besoin dans une société vieillissante.

Mesdames et Messieurs,

La réalité démographique ne peut être neutralisée par un article constitutionnel. Un plafond démographique rigide n’est pas la solution aux défis réels de notre pays. Il aggraverait la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, mettrait en péril les services essentiels du pays, fragiliserait encore plus nos assurances sociales et compromettrait notre voie bilatérale pourtant éprouvée.

L’économie doit apporter sa contribution à la solution – ce qu’elle fait déjà en déployant de grands efforts pour réduire au minimum l’immigration en augmentant la productivité. Mais même les efforts les plus importants sont loin d’être suffisants pour renoncer totalement à l’immigration sur le marché du travail. L’économie suisse repose sur la disponibilité d’une main-d’œuvre suffisamment qualifiée. Un plafond démographique rigide serait contre-productif.»