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Nous ne pouvons plus nous permettre de freiner le système fiscal

La Suisse se dirige, à moyen terme, vers une pénurie structurelle de main-d’œuvre. Alors que la population vieillit, le système fiscal actuel agit comme un frein précisément dans les domaines où il faut urgemment plus de main-d’œuvre. L’imposition individuelle s’attaque précisément à cette incitation inopportune.

La Suisse vieillit. Dans les années à venir, il y aura beaucoup plus de départs à la retraite que d’entrées sur le marché du travail. L’augmentation récente du chômage peut amener à conclure que la pénurie de main-d’œuvre est terminée. Mais météo et climat ne sont pas synonymes, pas plus que la conjoncture ne correspond à la démographie : à moyen terme, la pénurie de main-d’œuvre reviendra.

La question centrale n’est donc pas de savoir si nous avons besoin de plus de main-d’œuvre, mais d’où elle provient. Si elle reste sans réponse, la prospérité risque de diminuer, la pression sur les assurances sociales d’augmenter, et la charge supportée par les actifs de s’alourdir. C’est pourtant simple : si moins de personnes mettent la main à la pâte pour faire grossir le gâteau économique, alors qu’elles en veulent une part toujours plus grande, le gâteau finit par diminuer tout comme la part de chacun.

L’immigration est l’une des réponses. La Suisse continuera à dépendre de la main-d’œuvre internationale. L’immigration est certes très bénéfique, mais elle pèse aussi sur le logement et les infrastructures.

C’est précisément pour cette raison que nous devons renforcer le levier des ressources nationales. Et c’est là que le système fiscal actuel nous freine. Pour les couples mariés, les deux revenus sont cumulés. Le deuxième salaire est souvent fortement ponctionné, car il glisse dans une tranche d’imposition plus élevée. C’est souvent le deuxième revenu des femmes hautement qualifiées qui est touché. Après avoir augmenté son taux d’activité ou avoir intégré le marché du travail, le constat est rapide : après les impôts et les frais de garde supplémentaires, il ne reste souvent pas grand-chose des revenus supplémentaires. Une incitation inopportune qui conduit à moins de travail.

L’imposition individuelle règle ce problème. À l’avenir, chaque adulte serait imposé en fonction de son propre revenu. Le deuxième revenu n’est plus grevé « en sus » et travailler redevient réellement avantageux, de façon tangible et pour tout le monde. Les estimations de la Confédération tablent sur la création de 10 000 à 44 000 postes à temps plein supplémentaires.

L’imposition individuelle contribue de manière significative à retenir la main-d’œuvre qualifiée nationale et à activer le potentiel inexploité. Aujourd’hui, de nombreux salariés bien formés réduisent leur temps de travail ou renoncent complètement à exercer une activité lucrative, car le travail supplémentaire n’est guère rentable financièrement. Si chaque personne est imposée individuellement, les incitations à rester dans la vie active, à assumer des responsabilités et à suivre une formation continue augmentent. Cela renforce la productivité et l’innovation et garantit à long terme une expérience précieuse pour le marché du travail. Des effets positifs sont également attendus en matière de prévoyance vieillesse : ceux qui travaillent davantage percevront une rente plus élevée à la retraite.

Une chose est claire : l’imposition individuelle ne résoudra pas à elle seule la pénurie démographique de main-d’œuvre. Mais c’est actuellement la mesure la plus efficace qui soit sur la table. D’autres mesures qui pourraient également aider, telles que le relèvement de l’âge de la retraite ou l’aplatissement de la progressivité fiscale, ne sont actuellement pas soumises au vote de l’ . L’imposition individuelle, en revanche, se présente sous une forme susceptible de rallier une majorité : elle est réalisable, a un effet direct sur les incitations au travail et agit là où il y a aujourd’hui des freins.

Mais l’imposition individuelle entraîne-t-elle davantage de bureaucratie et annule-t-elle l’avantage économique ? Cette préoccupation semble plausible à première vue, mais elle ne résiste pas à l’épreuve de la réalité. Quiconque a observé le développement de l’intelligence artificielle et de l’automatisation ces dernières années ne peut sérieusement affirmer que les évaluations fiscales, précisément, n’en deviendront pas plus efficaces.

Le vote de mars porte donc sur bien plus que la technique fiscale. Il s’agit d’une décision stratégique : voulons-nous éliminer les obstacles à l’emploi afin de mieux faire face à l’évolution démographique radicale ? Ou voulons-nous maintenir un frein à l’emploi que nous ne pouvons plus nous permettre ? L’imposition individuelle n’est pas une solution miracle, mais c’est actuellement la mesure la plus prometteuse et la plus efficace pour atténuer la pénurie de main-d’œuvre. Elle mérite d’être soutenue.

Cet article a été initialement publié le 27 février 2026 par CH Media et est disponible derrière un paywall : Individuelle Besteuerung steigert Anreiz, im Beruf zu bleiben.