Qui paiera la 13e rentre AVS? Difficile de le savoir. Plus de deux ans après le vote en faveur de l’initiative «Mieux vivre à la retraite», la question n’a pas encore été réglée. Le Conseil des Etats et le Conseil national demeurent en désaccord sur la manière de financer la rente supplémentaire qui entraînera des dépenses annuelles d’environ 5 milliards de francs à partir de 2030.
La Chambre des cantons préconise un mode de financement mixte: une hausse des cotisations salariales de 0,3 point de pourcentage couplée à un relèvement de la TVA de 0,4 point de pourcentage. Une décision qui suscite l’incompréhension des milieux économiques.
Augmenter les cotisations salariales, c’est alourdir le coût du travail et faire porter le fardeau du financement de la 13e rente sur les épaules des salariés. Les jeunes actifs seront les grands perdants de l’opération puisqu’ils devront payer des cotisations plus élevées tout au long de leur carrière. De leur côté, les retraités bénéficieront d’un coup de pouce financier sans contrepartie.
Taxer davantage le travail, c’est également affaiblir l’attractivité et la compétitivité de la Suisse en tant que pôle économique et d’innovation. Une décision des plus hasardeuses, à l’heure où notre petite économie ouverte subit les aléas de la géopolitique mondiale.
La TVA, qui pèse sur la consommation plutôt que sur le travail, ne renchérit pas les exportations et prétérite moins l’emploi que des pourcentages salariaux supplémentaires
De son côté, la commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil national privilégie le financement de la rente supplémentaire exclusivement par une hausse temporaire de la TVA de 0,5 point de pourcentage jusqu’à fin 2033. Elle suit ainsi la voie tracée par le plénum du Conseil national lors de la session d’automne 2025.
C’est un choix judicieux à plus d’un titre. Ce modèle de financement, qui pèse sur la consommation plutôt que sur le travail, ne renchérit pas les exportations et prétérite moins l’emploi que des pourcentages salariaux supplémentaires. Il s’agit de la solution la plus solidaire, puisqu’elle met tout le monde à contribution, même les retraités qui ont largement soutenu l’introduction d’une 13e rente AVS en votation populaire. Limitée dans le temps, cette mesure permettra d’assurer la transition jusqu’à l’introduction de la prochaine et indispensable réforme de notre premier pilier: AVS 2030.
Alors que la question de son financement est encore en discussion au Parlement, la 13e rente AVS sera versée pour la première fois en décembre 2026. Si l’on veut éviter de puiser dans le fonds de compensation de l’AVS, les divergences entre les deux Chambres doivent être rapidement aplanies. L’incertitude demeure, mais une chose est sûre: quel que soit le modèle de financement choisi, les citoyens seront appelés aux urnes pour se prononcer sur la hausse de la TVA.