Marché du travail

Statut S: un allègement administratif bienvenu

Le Conseil fédéral simplifie avec raison l’accès à l’emploi des réfugiés ukrainiens pour alléger la charge des entreprises.

Alléger la charge administrative des entreprises pour favoriser le recrutement de réfugiés ukrainiens. C’est ce que propose le Conseil fédéral. Concrètement, à partir du 1er décembre prochain, l’exercice d’une activité lucrative par les bénéficiaires du statut S sera soumis à une simple obligation d’annonce et non plus à une obligation d’autorisation.

Une simplification saluée par les milieux économiques. L’expérience montre en effet que le régime en vigueur entraîne une procédure administrative longue et fastidieuse. Dans un contexte marqué par une pénurie persistante de main-d’œuvre, les entreprises auront un accès facilité aux ressortissants en provenance d’Ukraine.

C’est une mesure gagnant-gagnant qui est également dans l’intérêt des réfugiés: l’activité professionnelle leur permet de structurer leur quotidien, d’être financièrement indépendant et de participer à la vie sociale pendant leur séjour en Suisse.

Tout en bas du classement on trouve Genève, le Tessin et Neuchâtel qui ont introduit un salaire minimum légal. Ce diktat salarial constitue-t-il un obstacle à l’embauche de ressortissants ukrainiens?

Mais cette simplification administrative seule ne suffira pas pour atteindre l’objectif fixé par le Conseil fédéral qui vise un taux d’emploi de 45 pour cent d’ici à la fin de l’année. L’intégration professionnelle ne se décrète pas. A l’évidence, d’autres mesures sont nécessaires pour accroître ce taux qui atteignait 35,5 pour cent à fin septembre.

Depuis l’éclatement du conflit en Ukraine, les entreprises contribuent grandement à l’intégration en Suisse des réfugiés d’Ukraine. Plusieurs enquêtes montrent que les employeurs qui ont engagé des personnes ayant fui l’Ukraine sont satisfaits de leurs prestations, en raison notamment de leur bon niveau de qualification. Touchés de plein fouet par la pénurie de personnel, les secteurs de l’hôtellerie-restauration et de l’informatique se taillent la part du lion dans leur recrutement.

Malgré la bonne volonté des employeurs, plusieurs obstacles freinent l’intégration professionnelle de cette catégorie de réfugiés. Les connaissances linguistiques insuffisantes sont souvent citées, en particulier dans le secteur de la santé. La non-reconnaissance des diplômes ukrainiens constitue également une entrave au recrutement. Un autre problème tient au fait que de nombreux Ukrainiens, notamment ceux issus du domaine des sciences humaines, possèdent des profils peu recherchés en Suisse.

Force est aussi de constater que les cantons latins sont à la traîne en la matière. Tout en bas du classement on trouve Genève (avec un taux d’emploi de 17,5 pour cent en septembre 2025), le Tessin (19,7 pour cent) et Neuchâtel (21,1 pour cent). Trois cantons qui ont introduit un salaire minimum légal: la question se pose donc de savoir si ce diktat salarial constitue également un obstacle à l’embauche de ressortissants ukrainiens.

Mais la barrière fondamentale a trait au permis S lui-même qui est orienté vers le retour. Le 8 octobre dernier, le Conseil fédéral a décidé de maintenir le statut de protection S jusqu’au 4 mars 2027. Est-ce suffisant pour garantir la sécurité de la planification des employeurs?

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».