Formation

L’apprentissage est-il facteur de stress ou d’épanouissement?

Contraindre toutes les entreprises du pays à offrir huit semaines de congés payés, comme le demande l’USS, risque de dissuader nombre d’entre elles à former des apprentis.

Huit semaines de vacances pour tous les apprentis! Portée par l’Union syndicale suisse (USS), une campagne nationale vient d’être lancée pour prolonger de cinq à huit semaines le congé annuel pendant l’apprentissage. Une lettre ouverte dans ce sens a même été adressée au Conseil fédéral. Les signataires pointent le sentiment de stress et de détresse dont souffrent les apprentis en raison d’une charge de travail excessive et du manque de soutien des employeurs.

L’enquête WorkMed, menée auprès de 45.000 apprentis et récemment publiée, tord le cou à ces allégations. Les résultats sont sans appel: plus de 80 pour cent des apprentis déclarent qu’ils se portent bien, voire très bien durant leur formation et que leurs formateurs leur consacrent du temps et s’engagent en leur faveur. Et 80 pour cent d’entre eux considèrent qu’il règne dans leur entreprise formatrice un climat de respect et de bienveillance.

Des jeunes fiers d’apprendre leur métier

L’étude montre que l’apprentissage favorise l’épanouissement professionnel des jeunes: plus de 90 pour cent des sondés déclarent être plus responsables et plus compétents depuis leur apprentissage et 87 pour cent se disent fiers d’apprendre leur métier.

Seule ombre au tableau: 61 pour cent des jeunes interrogés disent ressentir des problèmes psychologiques. Un résultat qui doit toutefois être relativisé car ces troubles résultent en grande partie de facteurs liés à la vie privée des apprentis. Qui plus est, bon nombre d’entre eux ont déjà rencontré des problèmes psychologiques avant l’apprentissage, souvent dès l’école primaire.

En résumé, l’enquête WorkMed montre que l’excellence de notre système de formation professionnelle repose également sur un degré de satisfaction élevé des apprentis. Si la Suisse est le pays le plus compétitif de la planète selon l’IMD et si elle peut se prévaloir de jeunes actifs hautement qualifiés et motivés, elle le doit en partie à sa formation «duale» alliant savoirs théoriques et expérience pratique professionnelle.

Davantage de vacances, sur une base volontaire

Dans ce contexte favorable, il serait erroné de balayer d’un revers de main les effets du stress sur les apprentis: les nouvelles tâches à accomplir et la cohabitation avec des collègues de travail plus âgés peuvent créer un environnement déstabilisant pour les adolescents. Mais une chose est sûre: le droit à huit semaines de vacances n’est pas la panacée pour soulager la pression et les contraintes liées au travail.

En Suisse, des milliers d’employeurs s’investissent dans l’encadrement et le suivi des apprentis, avec le souci de leur offrir une formation de qualité. Rien ne les empêche de leur offrir davantage de vacances sur une base volontaire: pour rendre plus attractif le CFC de maçon, le Groupe vaudois des entreprises de maçonnerie a récemment franchi le pas. Mais contraindre toutes les entreprises du pays à offrir huit semaines de congés payés risque de dissuader nombre d’entre elles à former des apprentis.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».