Général

L’emploi des étrangers, un indéniable levier de croissance

L’apport de main-d’œuvre venue d’ailleurs contribue à la création de richesse et à l’innovation en Suisse.

La campagne sur l’initiative populaire «Pas de Suisse à 10 millions!» bat son plein. L’immigration est au cœur des débats. Pour ses partisans, l’ouverture des frontières est la source de tous les maux: densification, chômage, insécurité. Pour ses opposants, au contraire, les étrangers insufflent une dynamique de croissance économique qui assure la prospérité.

Dans ce débat polarisé, la nature de l’emploi des étrangers est souvent passée sous silence. Une question pourtant revêt toute son importance: dans quel secteur d’activité, privé ou public, se dirige majoritairement cette catégorie d’actifs? Si le secteur privé, porteur de croissance, est privilégié, alors on peut en déduire que l’immigration contribue à accroître la prospérité de la Suisse.

Les chiffres de l’Enquête suisse sur la population active (ESPA) pour la période 2010-2024 permettent de répondre à cette question. De manière générale, on observe que dans le secteur public l’emploi a augmenté le plus fortement durant ces quinze années. Et pour cause: l’Etat promet non seulement la sécurité de l’emploi, mais aussi des salaires plus élevés et de généreux avantages sociaux.

Les personnes qui quittent leur pays d’origine semblent plus disposées à travailler dans un environnement concurrentiel

Une analyse plus fine montre que les actifs suisses ont davantage progressé dans le secteur public. En revanche, la croissance supplémentaire de l’emploi dans le secteur privé est portée presque exclusivement par les étrangers. Les personnes qui quittent leur pays d’origine semblent plus disposées à travailler dans un environnement concurrentiel.

Cette segmentation du marché du travail vient confirmer, si cela était encore nécessaire, que l’immigration ne concurrence pas la main-d’œuvre indigène, mais la complète judicieusement. Pour preuve: depuis l’introduction de l’accord sur la libre circulation des personnes en 2002, le taux de chômage est resté globalement stable en Suisse.

L‘ouverture des frontières agit comme un levier qui favorise le recrutement de spécialistes. Ces vingt dernières années, le marché du travail suisse a connu une mutation structurelle considérable qui profite aux emplois hautement qualifiés. Dans ce contexte, le recrutement de travailleurs étrangers s’est avéré essentiel pour répondre aux besoins croissants des entreprises en profils pointus que le marché du travail national ne permet pas de satisfaire.

Les atouts de l’immigration ne s’arrêtent pas là: les étrangers rajeunissent le marché du travail, ce qui a généralement un impact positif sur la capacité d’innovation des entreprises et sont, en moyenne, plus qualifiés que les autochtones, ce qui est susceptible d’accroître la productivité du travail. Surreprésentés dans le secteur privé à forte valeur ajoutée, ils apportent donc une contribution bénéfique à la prospérité helvétique, comme l’affirment les adversaires d’une Suisse à 10 millions.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».