Politique sociale

L’âge de la retraite, la solution à privilégier pour sauver l’AVS

Le vieillissement démographique impose des choix difficiles. Une étude mandatée par la Confédération montre qu’une piste se distingue par ses effets sur la croissance, l’emploi et les finances publiques.

La Suisse prend de l’âge. En avril dernier, l’Office fédéral de la statistique annonçait un basculement historique: pour la première fois, les plus de 65 ans sont plus nombreux que les moins de 20 ans en Suisse. Ce renversement démographique met à mal notre premier pilier, financé selon le système de répartition.

Il n’est donc pas surprenant que les perspectives financières de l’AVS s’assombrissent. Ce d’autant plus que le versement de la 13e rente fait basculer notre principale assurance sociale dans le rouge. Selon l’Office fédéral des assurances sociales (Ofas), l’absence de financement de la rente supplémentaire pourrait faire passer le déficit de répartition de l’AVS de 1,3 milliard à 4,9 milliards de francs entre 2026 et 2035.

Mais que faire pour éviter ce gouffre financier? Augmenter les cotisations, par une hausse de la TVA et des cotisations salariales, ou relever l’âge de référence? L’étude «Conséquences économiques et sociales de différentes mesures visant à stabiliser financièrement l’AVS», récemment menée par l’Institut BAK pour le compte de l’Ofas, permet de répondre à cette question. Les résultats sont sans appel: du point de vue économique, un report de l’âge de la retraite serait nettement plus avantageux.

La poursuite d’une activité jusqu’à 66 ans aboutirait à une hausse du PIB, pouvant atteindre un total cumulé d’environ 54 milliards de francs jusqu’en 2040

D’après les simulations de BAK, une hausse du taux normal de TVA d’un point de pourcentage serait lourde de conséquences. Contraction du PIB, baisse de la consommation privée, réduction des investissements, hausse de l’inflation, affaiblissement des exportations: tous les agrégats économiques seraient affectés négativement par une telle mesure. Sur le marché du travail, cela se traduirait par un recul du nombre d’actifs d’environ 2400 personnes à l’horizon 2030.

Le relèvement du taux de cotisation à l’AVS de 0,75 point de pourcentage pourrait avoir un impact économique encore plus défavorable. Et pour cause: augmenter les cotisations salariales, c’est à la fois renchérir le coût du travail et baisser les salaires nets. Résultat: la perte cumulée pour le PIB réel s’élèverait à environ 17,3 milliards de francs jusqu’en 2040, avec, à la clé, la suppression d’environ 2900 emplois.

Le report de l’âge de référence aboutirait à un tout autre résultat. En effet, «au lieu de retirer du pouvoir d’achat au circuit économique, [cette mesure] lui procurerait des ressources supplémentaires sous forme d’offre de travail supplémentaire», comme le relèvent les experts de BAK. Ainsi, la poursuite d’une activité jusqu’à 66 ans aboutirait à une hausse du PIB, pouvant atteindre un total cumulé d’environ 54 milliards de francs jusqu’en 2040. Autre effet positif: la résorption de la pénurie de main-d’œuvre sur le marché du travail.

Les résultats de l’étude BAK viennent apporter de l’eau au moulin des partisans du relèvement de l’âge de référence. Pour garantir le financement de l’AVS, cette mesure constitue la solution économiquement la plus efficace. Une solution déjà privilégiée dans la plupart des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui, à elle seule, permettrait de stabiliser le premier pilier pendant des décennies, sans hausse d’impôt ni augmentation des cotisations sociales.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».