A l’approche de l’automne salarial, les partenaires sociaux affûtent leurs arguments. C’est dans ce contexte que l’Union syndicale suisse (USS) vient de publier son «Rapport sur la répartition 2026». Le document dresse un sombre bilan de l’évolution des salaires en Suisse, qui serait caractérisée par un écart grandissant entre hauts et bas revenus.
Or, les statistiques officielles disent autre chose. Selon Eurostat, les salaires réels suisses ont enregistré une augmentation de 12 pour cent, de 2010 à 2022, soit la plus forte progression constatée en Europe. Après une période de recul entre 2021 et 2023, principalement due à la pandémie et à l’inflation, les rémunérations réelles sont reparties à la hausse durant ces deux dernières années. Conséquence: le pouvoir d’achat des ménages s’est amélioré pour la deuxième année consécutive.
L’année 2025 a même été marquée par la plus forte croissance (1,6 pour cent) depuis 2009. Une progression remarquable si l’on songe au coup de massue des droits de douane de 39 pour cent imposés par les Etats-Unis le 1er août 2025 à une grande partie des exportations suisses.
La preuve que, malgré un environnement incertain, les employeurs continuent d’associer leurs collaborateurs aux résultats des entreprises. Une tendance lourde confirmée par l’augmentation, ces dernières années, du taux de salaire, qui mesure la part des rétributions des salariés dans le PIB. Alors qu’en parallèle, la part des bénéfices dans le PIB a baissé.
Les salaires réels ont d’abord diminué, puis retrouvé une trajectoire positive en 2024 avant d’augmenter fortement en 2025, tandis que les disparités de revenu sont restées faibles
A en croire les syndicats, depuis 2016, la politique salariale des entreprises suisses favorise les personnes aisées. Ils se trompent. La dernière enquête sur la structure des salaires de l’Office fédéral de la statistique montre qu’entre 2008 et 2024, ce sont les salaires les plus bas qui ont connu la plus forte augmentation (+18,1 pour cent). Les salaires élevés ont progressé de 16,8 pour cent, et les salaires moyens de 15,4 pour cent. Sur cette longue période, l’écart salarial en Suisse est donc resté stable.
L’indicateur de l’inégalité salariale développé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui mesure l’écart entre le revenu des 10 pour cent les plus riches (90e centile) et le revenu des 10 pour cent les plus pauvres (10e centile), aboutit à un résultat similaire entre 2000 à 2022. En Suisse, l’écart salarial entre les hauts et les bas salaires, qui est plus faible que dans d’autres pays membres de l’organisation, n’a guère évolué pendant cette période.
On le voit, dans un contexte de crises multiples, les salaires réels ont d’abord diminué, puis retrouvé une trajectoire positive en 2024 avant d’augmenter fortement en 2025, tandis que les disparités de revenu sont restées faibles.
N’en déplaise à l’USS, ces bons résultats n’imposent aucun revirement de la politique salariale. Bien au contraire, il faut maintenir le cap en renforçant les facteurs qui contribuent à cette réussite: le partenariat social et la flexibilité du marché du travail.
Sans oublier le système de formation professionnelle. Sa perméabilité, qui assure des passerelles entre différentes filières et niveaux, ouvre de nouveaux horizons professionnels aux personnes ayant obtenu un CFC. Il contribue, par là même, à maintenir une inégalité salariale relativement faible dans notre pays.
Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».