Marché du travail

Temps partiel choisi, un luxe coûteux

En Suisse, la réduction du taux d’activité séduit, mais pèse sur croissance, finances publiques et pénurie de main-d’œuvre.

Le temps partiel connaît un succès croissant en Suisse. La proportion des actifs à taux réduit est passée de 25 à 38% entre 1990 et 2025. Cette progression, où les femmes sont majoritaires, s’explique par les atouts de cette forme de travail qui offre une flexibilité accrue et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et privée.

Le temps d’occupation à taux réduit revêt des formes multiples, il peut être choisi ou subi. Effectué sur une base volontaire, il reflète souvent un mode de vie: dans la société des loisirs, on est prêt à renoncer à une partie du salaire pour profiter de plus de temps libre. Un choix qui doit être respecté, mais qui n’est pas sans conséquences pour le marché du travail et pour l’économie en général.

Qui sont les travailleurs qui optent pour le temps partiel? Contrairement aux idées reçues, les jeunes ne sont pas plus paresseux et n’ont pas moins envie de travailler que leurs aînés. L’Enquête suisse sur la population active permet de tordre le cou à cette croyance.

Le temps partiel délibérément choisi représente un potentiel de 86.000 postes à temps plein

Elle montre le travail à temps partiel érigé en mode de vie concerne surtout les seniors diplômés. A partir de 50 ans environ, la proportion des actifs qui décident de travailler à temps partiel augmente. Dans la tranche d’âge des 60 à 64 ans, près d’une personne active sur six travaille à temps partiel pour cette raison.

Cela n’est pas anodin. Le temps partiel délibérément choisi représente un potentiel de 86.000 postes à temps plein. Si l’on additionne les heures «manquantes» pour obtenir un poste à temps plein avec les salaires horaires correspondants, on obtient un volume de «salaires bruts perdus» d’environ 8 milliards de francs par an. Cela correspond à près de 1 pour cent du produit intérieur brut.

Selon le canton, le type de ménage et le revenu, environ un quart à un tiers des revenus professionnels supplémentaires devrait être prélevé sous forme d’impôts et de cotisations salariales obligatoires. Il en résulte un manque à gagner de l’ordre de 2 à 3 milliards de francs par an pour les collectivités publiques et les assurances sociales.

Par conséquent, le volume de travail manquant a tendance à être couvert par une immigration supplémentaire. Dans le même temps, les impôts et les cotisations non acquittés doivent être compensés par ceux qui travaillent à temps plein.

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, la Suisse s’offre un luxe discret: nombre de travailleurs qualifiés privilégient le travail à temps réduit. Certes, chacun est libre de choisir sa durée de travail, mais des mesures incitatives existent pour rendre le travail plus attrayant. Sur le plan politique, cela passe par une réduction des cotisations salariales et de la pression fiscale. Au sein des entreprises, le recours accru au temps de travail flexible permettrait de mieux répondre aux aspirations personnelles des salariés.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».