Marché du travail

Prolonger le chômage partiel à 24 mois, une nécessité pour l’industrie exportatrice

Malgré des indicateurs solides, de nombreuses entreprises subissent un net ralentissement et dépendent d’un soutien temporaire accru.

Le marché du travail se porte bien, malgré les tensions géopolitiques. Selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), le taux de chômage en Suisse a légèrement baissé de 3,2 à 3,1 pour cent entre février et mars 2026. La courbe du chômage des jeunes et des seniors suit la même évolution.

Mais ces chiffres ne disent pas tout. Derrière cette tendance favorable, se cache, dans les secteurs et les cantons fortement tournés vers l’export, le recours massif au chômage partiel. Dit autrement, le nombre de demandeurs d’emploi serait plus élevé sans le régime de la réduction de l’horaire de travail (RHT).

Ce dispositif, qui a pour but d’empêcher des licenciements consécutifs à des pertes de travail temporaires, a largement fait ses preuves. Il contribue à la fois à préserver les emplois et le pouvoir d’achat des salariés et permet aux entreprises de garder des travailleurs qualifiés et, par là même, un précieux savoir-faire.

Le chômage partiel est largement utilisé en Suisse romande. A l’heure actuelle, 122 entreprises jurassiennes, principalement actives dans les secteurs de l’horlogerie et de l’industrie des machines, bénéficient d’indemnités RHT. Un chiffre rarement atteint dans le passé, si l’on excepte la crise de Covid 19.

Selon la Convention patronale horlogère, plus d’un quart des quelque 500 entreprises conventionnées de la branche recourent actuellement à la RHT. Et pour cause: déjà touchée de plein fouet par l’effondrement de la demande chinoise et la hausse taxes douanières américaines, l’industrie horlogère subit depuis quelques semaines les contrecoups du conflit au Moyen-Orient. Les exportations cumulées à destination des Emirats arabes unis, de l’Arabie saoudite, du Qatar, du Koweït et de Bahreïn, ont représenté un marché de 2,5 milliards de francs en 2025, soit plus de 10 pour cent des exportations horlogères mondiales.

La prolongation de la durée maximale d’indemnisation à 24 mois, au moins jusqu’au 31 décembre 2026, constituerait un soutien précieux pour l’industrie d’exportation

Ces dernières années, dans un contexte de crises multiples, le Conseil fédéral a décidé de faire passer progressivement de 12 à 18 puis à 24 mois la durée maximale d’indemnisation. Cette valeur maximale autorisée par la loi est en vigueur depuis le 8 octobre 2025. Limitée dans le temps, cette mesure prendra fin au 31 juillet 2026.

Face à un horizon 2026 incertain, la prolongation de la durée maximale d’indemnisation à 24 mois, au moins jusqu’au 31 décembre 2026, constituerait un soutien précieux pour l’industrie d’exportation, qui subit également les affres du franc fort. Cette mesure est soutenue par l’Union patronale suisse.

Le Département fédéral de l’économie semble partager cet avis. Début avril, constatant que «la guerre au Moyen-Orient accroît l’insécurité et l’évolution conjoncturelle globale dans le secteur industriel stagne à un faible niveau», il a annoncé que des travaux préparatoires sont en cours pour renouveler la prolongation de cette durée maximale temporaire de l’indemnisation en cas de RHT au-delà du 1er août 2026. La décision du Conseil fédéral est attendue avant l’été.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».