L’absentéisme au travail préoccupe au plus haut point les employeurs. Des craintes justifiées puisque ce phénomène est en hausse et engendre des coûts considérables. A cela s’ajoute l’essor de faux certificats médicaux, établis délibérément (certificat de complaisance) ou par négligence.
Pour l’heure, aucune statistique ne permet de quantifier le nombre de certificats litigieux. Toute tentative se heurte au secret médical. Cependant, les informations qui remontent des entreprises révèlent une recrudescence des cas douteux depuis le Covid-19.
Les exemples reflètent la grande diversité de situations: on observe ainsi des certificats médicaux délivrés à la suite d’un licenciement, d’un conflit sur le lieu de travail ou d’un refus d’accorder des vacances, ou encore accordés sur la base d’un simple téléphone. Généralement, le chef d’entreprise reçoit une attestation d’incapacité totale de travail, quelles que soient les exigences du poste de son collaborateur. Souvent, ce sont les mêmes salariés qui s’adressent aux mêmes médecins de manière répétée.
Face à cette dérive, les moyens de lutte sont limités. Certes, l’employeur peut demander un deuxième avis médical en cas de doute. Mais dans la pratique, il s’avère difficile de prouver une éventuelle fraude.
Les absences documentées par des certificats qui attestent une incapacité de travail inexistante sapent la confiance entre employeurs et employés
Le monde politique s’est emparé du sujet. Dans la Berne fédérale, plusieurs interventions parlementaires demandent une action de la Confédération en la matière. En octobre 2025, en réponse au postulat du conseiller national Philippe Nantermod «Quelles mesures pour lutter contre les certificats médicaux de complaisance?», le Conseil fédéral a publié un rapport dans lequel il affirme que les certificats de complaisance représentent un phénomène marginal. Une affirmation qui laisse pantois.
Mais le Parlement ne se laisse pas décourager pour autant. Le 17 mars prochain, le Conseil national se penchera sur la motion «Mesures contre les certificats médicaux de complaisance et lacunaires au détriment des employeurs et des assurances sociales». La demande est claire: le gouvernement doit prendre le problème à bras-le-corps et procéder, si nécessaire, à des modifications légales. Un assouplissement ciblé du secret médical est également envisagé.
Les milieux patronaux soutiennent cette motion. Les absences documentées par des certificats qui attestent une incapacité de travail inexistante sapent la confiance entre employeurs et employés, nuisent à la productivité des entreprises et alourdissent les coûts des assurances sociales.
Pour sortir de l’impasse, le dialogue entre les employeurs et le corps médical doit être amélioré. Avant de poser un diagnostic, le médecin doit pouvoir disposer d’informations détaillées sur l’environnement professionnel dans lequel évolue son patient. Il doit aussi être sensibilisé aux conséquences – notamment pénales – qu’entraîne l’utilisation abusive du certificat médical.
Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».