Le dernier rapport de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE met en évidence l’orientation professionnelle de l’immigration en provenance des pays de l’UE et de l’AELE: 71 pour cent des personnes arrivées en Suisse l’ont fait pour occuper directement un poste, et 18 pour cent dans le cadre du regroupement familial de personnes déjà actives. Résultat: un taux d’activité de 86,8 pour cent et des taux d’occupation moyens plus élevés, tant pour les hommes et que pour les femmes. La main-d’œuvre étrangère répond à un réel besoin, et son niveau de qualification est élevé: plus de la moitié de la main-d’œuvre immigrée issue de l’UE/AELE depuis 2002 est diplômée de l’enseignement supérieur, et plus de 90 pour cent exerce une profession correspondant à ce niveau de formation.
Une immigration complémentaire, non concurrentielle
Une tendance déjà relevée les années précédences est de nouveau confirmée dans ce rapport: l’immigration ne se fait pas au détriment de la population active nationale. Bien au contraire. Depuis 2010, le taux d’activité des femmes est passé de 75,3 à 80,8 pour cent, avec une hausse de 11 pour cent pour les mères, en équivalents temps plein. Les travailleurs plus âgés sont plus nombreux à exercer une activité professionnelle, et les jeunes trouvent rapidement un poste. Loin de remplacer la main-d’œuvre nationale, l’immigration vient la compléter.
L’idée selon laquelle tout emploi occupé par une personne immigrée correspondrait à une perte pour un résident suisse est depuis longtemps invalidée. Sans ce vivier de talents supplémentaire, la prospérité élevée de la Suisse ne serait pas possible.
L’immigration réduit la pression démographique
L’immigration allège aussi la pression sur nos systèmes sociaux. Le vieillissement de la société est depuis longtemps une réalité: le taux de dépendance, c’est-à-dire le rapport entre les personnes retraitées et actives, est passé de 25 à 31 pour cent depuis l’introduction de l’accord de libre circulation. Même avec une immigration modérée, le nombre de personnes en âge de travailler (20 à 64 ans) à partir de 2030 augmentera plus lentement que la population totale. Le déséquilibre entre personnes actives et personnes retraitées va donc s’accentuer. Selon les calculs de l’Office fédéral des assurances sociales, les ressortissants de l’UE et de l’AELE représentent environ 27 pour cent de la masse salariale soumise à cotisation AVS, mais ne perçoivent qu’environ 15 pour cent des prestations.
Des réformes structurelles restent nécessaires
Toutefois, l’immigration à elle seule ne suffira pas à combler la pénurie démographique de main-d’œuvre. Le 21e rapport de l’Observatoire le montre noir sur blanc: même avec une immigration nette moyenne de 50 000 personnes par an – selon le scénario de référence de la Confédération –, la croissance de la main-d’œuvre disponible ralentira fortement à partir de 2040 pour ensuite quasiment stagner. Les départs à la retraite seront trop nombreux pour être entièrement compensés par l’immigration. Si nous voulons préserver notre prospérité, nous devons également renforcer le potentiel de main-d’œuvre nationale, par exemple en augmentant la participation des travailleurs âgés au marché du travail et en incitant les travailleurs à rester plus longtemps sur celui-ci. Moins de main-d’œuvre signifie moins de production – et donc moins de prospérité pour l’ensemble de la population. C’est pourquoi, à long terme, il est inévitable de relever l’âge de la retraite.
Des conditions-cadres solides pour l’avenir
Pour que l’immigration reste un levier efficace, il faut un cadre réglementaire solide. Les entreprises ont besoin de règles claires, de procédures efficaces et d’une sécurité en matière de planification économique, en particulier dans un contexte de concurrence internationale pour les talents qualifiés.
En l’absence de relations stables avec l’UE, ce ne sont pas seulement le recrutement et l’attractivité du site qui sont mis à rude épreuve, mais aussi la sécurité en matière de planification économique. L’avenir des relations bilatérales fait actuellement l’objet d’un débat sur la scène politique suisse. L’Union patronale suisse suivra le déroulement de près, avec pragmatisme et en gardant à l’esprit les enjeux économiques.
La Suisse doit, dans les années à venir, définir la manière dont elle entend répondre au défi démographique. Le 21e rapport de l’Observatoire est sans ambiguïté: malgré le stress lié à la densité et la pression sur le marché du logement, l’immigration a un effet globalement positif. En effet, elle renforce l’emploi, stabilise les institutions sociales, amortit le vieillissement et crée de la richesse.
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