Formation

La formation centralisée, fausse réponse face à l’IA

L’essor de l’intelligence artificielle impose d’adapter les compétences des salariés, mais pas de centraliser la formation continue. Entreprises et branches seraient mieux placées pour suivre des besoins.

Près d’un emploi sur trois serait menacé par l’intelligence artificielle (IA). Telle est la conclusion d’une étude présentée en juin dernier par le groupe de réflexion einstAIn. Les cols blancs sont en première ligne. Face au risque de chômage technologique, les auteurs de l’étude en appellent à une offensive en matière de formation à l’IA.

La Commission de l’éducation, de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil national (CSEC-N) a fait sienne cette recommandation. En novembre 2025 déjà, elle a déposé une motion (25.4414), qui réclame une stratégie nationale visant à garantir une formation continue préventive en cas de mutations structurelles et technologiques, notamment en raison de l’utilisation de l’IA.

Centraliser la gestion de la formation continue, est-ce vraiment nécessaire? Assurément pas. Il est illusoire de croire que l’Etat est omniscient. Les besoins en compétences des salariés ne peuvent être anticipés et pilotés de manière centralisée par les pouvoirs publics, a fortiori dans un domaine en perpétuelle évolution. Une stratégie nationale créerait des doublons aux dépens des structures existantes.

Si les défis posés par l’IA sont vertigineux, nul besoin d’une stratégie nationale pour y faire face. Plus proches de la réalité du terrain, les branches et les entreprises concernées peuvent réagir plus rapidement et plus efficacement que les structures étatiques aux nouvelles exigences de l’économie numérisée.

Le modèle économique helvétique, qui repose sur l’excellence de la formation professionnelle et académique, est un atout pour assurer une transition technologique réussie

A bien y regarder, avec viamia, les pouvoirs publics disposent déjà d’un programme qui permet aux actifs suisses de plus de 40 ans d’évaluer gratuitement leur employabilité et d’anticiper les évolutions du marché du travail dans leur secteur d’activité.

Plus fondamentalement, le modèle économique helvétique, qui repose sur l’excellence de la formation professionnelle et académique, est un atout pour assurer une transition technologique réussie. Deux classements internationaux le confirment. Notre pays occupe la troisième place sur 186 de l’«AI Preparedness Index» établi par le Fonds monétaire international. Mieux encore, la Suisse caracole en tête du Stanford AI Index 2026 pour la densité de talents en IA.

Toutefois, il serait périlleux de se reposer sur ses lauriers. Tout doit être mis en œuvre pour que l’offre de formation (professionnelle, académique et continue) soit régulièrement adaptée pour tenir compte de l’évolution technologique en intégrant les compétences clés en matière d’IA.

Alors oui à une offensive en matière de formation continue en IA, à condition qu’elle reste du ressort du secteur privé. Un avis partagé par le Conseil fédéral, qui a rejeté la motion de la CSEC-N, et par le plénum du Conseil des Etats. Ce dernier a récemment décidé de limiter la portée de l’intervention parlementaire, qui vise désormais uniquement à évaluer la collaboration existante entre la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux, et à l’améliorer si nécessaire.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».