Assurances sociales: un gouffre financier en perspective

Les finances de l’AVS et de l’AI sont au plus mal. Publié à fin mars, le bilan annuel de Compenswiss confirme la gravité de la situation.

L’AVS tout d’abord. L’an dernier, le déficit de notre principale assurance sociale a franchi pour la première fois le cap du milliard de franc. Une tendance lourde de creusement des déficits semble se dessiner car, pour la quatrième année consécutive, le résultat de répartition de l’AVS est dans le rouge.

Si les chiffres dévoilés par Compenswiss dressent un tableau préoccupant, l’avenir s’annonce encore plus sombre. Le vieillissement démographique en est la cause principale. Cette évolution a pour effet de mettre à mal l’équilibre entre cotisants et rentiers, facteur clé de la réussite du système de financement par répartition.

Une réforme structurelle nécessaire

Lors de l’introduction de l’AVS en 1948, il y avait 6,5 personnes actives pour financer une rente. En 2035, lorsque la plupart des personnes de la génération du baby-boom seront à la retraite, il n’y aura plus que 2,3 cotisants pour un rentier. Si rien n’est fait, en 2030, le déficit de répartition de l’AVS pourrait atteindre 7 milliards de francs.

L’assainissement de l’AVS passe par une réforme structurelle en deux temps portée par les associations d’employeurs: dans l’immédiat, l’égalisation à 65 ans de l’âge de la retraite hommes-femmes couplée à une hausse modérée de la TVA, dans une deuxième étape (dès la moitié des années 2020), une adaptation graduelle de l’âge de la retraite à l’allongement de l’espérance de vie.

La dette de l’AI

Avec un résultat de répartition de 797 millions, la situation de l’AI peut paraître de prime abord plus enviable. C’est oublier un peu vite qu’en 2017 l’AI a bénéficié pour la dernière fois des recettes liées à la majoration temporaire de 0,4 point cent de la TVA et de la prise en charge des intérêts de sa dette par la Confédération. Sans ce coup de pouce, l’AI aurait clos l’année 2017 sur un déficit structurel de 400 millions de francs.

Plus préoccupant encore, l’AI a une dette de 11,4 milliards de francs envers le Fonds AVS. Et rien ne laisse présager un renversement de tendance dans les temps à venir. La raison en est simple.

La mise en œuvre, le 1er juillet prochain, de l’initiative contre l’immigration de masse est susceptible de réduire l’afflux de main d’œuvre étrangère en Suisse. Or, comme le montrent plusieurs rapports officiels, les ressortissants étrangers contribuent de façon déterminante au financement de l’AI.

Dans ce contexte, des mesures d’économie doivent être envisagées. Un accent particulier doit être placé sur les jeunes adultes: on dénombre en effet chaque année 3000 nouveaux rentiers dans la catégorie des 18 à 30 ans, dont deux tiers des rentes sont versées en raison de troubles psychiques. Autre axe prioritaire: favoriser l’employabilité des personnes atteintes dans leur santé. La réforme en profondeur de l’AI, qui a transformé l’assurance de rente originelle en assurance de réinsertion, doit être poursuivie en privilégiant la collaboration avec les associations d’employeurs sur une base volontaire.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «L’Agefi».