Un long chemin pavé d’incertitudes

Le déconfinement est lancé. L’heure est à la réouverture des commerces, des écoles et des frontières. Mais le retour à la normale n’est pas pour demain car les activités économiques ne reprennent que progressivement, sous la haute surveillance de l’Etat sanitaire. La priorité absolue est d’éviter une deuxième période de confinement qui pourrait s’avérer fatale pour notre économie, déjà durement frappée par les mesures anti-coronavirus.

L’économie suisse tourne au ralenti. Le chômage explose: de fin février à fin avril, le nombre de chômeurs a augmenté de plus de 35’000 (+ 0,8 points de pourcentage) alors qu’il avait baissé de plus de 12’000 (- 0,3 points de pourcentage) au cours des deux mêmes mois de l’année précédente. La Suisse devrait connaître une chute du produit intérieur brut voisine de 7 pourcent sur 2020.

Sans surprise, les secteurs touchés de plein fouet par le chômage sont ceux qui ont dû réduire tout ou partie de leurs activités suite aux mesures restrictives adoptées par le Conseil fédéral. C’est particulièrement le cas du tourisme et du commerce de détail. Dans l’industrie également, la crise sanitaire y a aggravé une situation qui était déjà difficile en début d’année. Dans le secteur de la construction, l’activité s’est effondrée en raison des fermetures de chantiers ainsi que de la baisse et des retards de commandes.

L’étendue de la crise ne doit pas nous faire perdre de vue que la progression du chômage aurait été nettement plus forte sans l’instrument du chômage partiel. Ce dispositif, qui permet de pallier une baisse temporaire de l’activité et de préserver des emplois, a été étendu aux travailleurs temporaires et aux apprentis. Conséquence: plus de 1,9 million de personnes sont déjà inscrites au chômage partiel, soit 37 pourcent de la population totale des salariés.

Dans plusieurs secteurs d’activités, notamment l’industrie des machines, l’horlogerie et le tourisme, les effets de la récession se feront sentir sur une longue durée.  L’extension de 12 à 18 mois de la durée maximale d’indemnisation en cas de réduction de l’horaire de travail apparait dès lors nécessaire pour éviter une vague de licenciements.

L’économie se félicite de la feuille de route du Conseil fédéral, désormais clairement définie, pour l’ouverture progressive de l’activité, car elle est essentielle à la sécurité de planification des entreprises. Mais les incertitudes demeurent. Il est difficile de savoir si et quand les plans de protection seront assouplis ou abolis. Autre inconnue: la reprise de la consommation sera-t-elle au rendez-vous après deux mois de confinement?

Mais une chose est sûre: un plan de relance étatique, qui serait décalé et aveugle aux singularités sectorielles, doit être rejeté à tout prix. De même, le renforcement de la protection contre les licenciements serait contre-productif. Stimuler l’économie et l’emploi dans le respect des mesures sanitaires et en s’appuyant sur le partenariat social, telle est la voie à suivre vers une normalité nouvelle.

Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «L’Agéfi».