«Nous avons déjà voté sur la question des salaires minimaux»

L’Union patronale suisse rejette la plupart des demandes formulées par les syndicats en amont de la grève des femmes. Trois questions sur ce sujet à Marco Taddei, l’un des membres de sa direction.

L’Union syndicale suisse (USS) a présenté ses revendications en rapport avec la grève des femmes. Semaine de travail à 30 heures, salaire minimum, tolérance zéro en termes de harcèlement sexuel, les travailleuses exigent du changement et pointent du doigt l’indolence du patronat. Réaction de l’un de ses représentants, Marco Taddei, membre de la direction de l’Union patronale suisse.

Le Temps: L’USS affirme que plus une profession est féminine, plus les salaires y sont bas. Partagez-vous ce constat?

Non. Il y a beaucoup d’autres variables explicatives qui entrent en ligne de compte. Si vous prenez le secteur de la vente ou de la grande distribution, où l’on trouve beaucoup de femmes, les salaires sont effectivement bas. Toutefois, ce sont des secteurs qui ne demandent pas de hautes compétences. On ne peut donc pas dire qu’il y a une corrélation directe. Et il y a d’autres paramètres à prendre en compte, comme le temps de travail. Je ne crois pas qu’on puisse affirmer comme cela que les métiers les plus féminins sont les moins bien payés.

Les femmes revendiquent un salaire minimum de 4000 francs pour tout le monde, qu’en pensez-vous?

Nous avons déjà voté sur la question des salaires minimaux. Le souverain est contre. Revenir sur la table avec cette proposition dénote d’un certain mépris pour la volonté populaire. Nous sommes bien évidemment sensibles à une meilleure intégration des femmes sur le marché du travail, qui aurait pour effet une meilleure rémunération. Mais il y a d’autres moyens. Nous avons par exemple mis sur pied plusieurs programmes visant à améliorer la conciliation entre vie professionnelle et familiale et nous incitons les entreprises à proposer des horaires flexibles. Mais il est important de rester pragmatique et d’éviter de nouveaux règlements, tout en prenant en compte la diversité du tissu économique suisse.

Quid d’une semaine de travail de 30 à 35 heures?

Nous avons déjà des conventions collectives pour résoudre ce genre de problèmes. Cela ne doit pas se décréter d’en haut. Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique montrent par ailleurs qu’une réduction tendancielle du temps de travail est déjà en cours dans notre pays. Décréter une semaine de 35 heures irait à l’encontre des intérêts et de la compétitivité des entreprises. Flexibiliser le travail, oui, imposer et uniformiser des horaires à tout le pays, non. C’est la force de la Suisse de régler ces questions à l’intérieur de chaque branche, selon ses besoins.

Le texte est paru dans «Le Temps».