L’intelligence artificielle (IA) en est encore à ses balbutiements, mais son impact sur le monde du travail suscite déjà les pires craintes. D’aucuns redoutent que l’usage croissant de cette nouvelle technologie provoque un chômage de masse. Des craintes infondées, comme le montre une récente étude de l’Organisation internationale du travail (OIT).
L’enquête «IA générative et emploi: un indice mondial affiné de l’exposition professionnelle» montre que 25 pour cent des emplois dans le monde pourraient être transformés par l’IA générative (à l’exemple de ChatGPT qui est capable de générer du texte). Majoritaires dans des postes administratifs et de bureau, les femmes seraient plus exposées à l’automatisation que les hommes. Des professions hautement qualifiées, telles que programmeur, ingénieur ou avocat, sont également concernées par l’IA générative.
Transformer n’est pas supprimer: contrairement aux prophètes de malheur, l’étude révèle que c’est moins la disparition que la transformation des métiers qui est à prévoir, avec à la clé des tâches plus créatives et moins pénibles pour les travailleurs. Autre constat significatif: l’automatisation complète reste limitée car de nombreuses tâches, bien que réalisées plus efficacement par l’AI, nécessitent toujours une intervention humaine.
Les experts de l’OIT soulignent aussi que l’essor rapide de l’IA recèle des opportunités pour de nombreux travailleurs, à condition que dans les métiers exposés à la nouvelle technologie les compétences soient rapidement adaptées à travers la formation continue.
Si l’IA change en profondeur le monde du travail, elle ne va pas se traduire par un chômage élevé
L’IA ne doit donc pas être diabolisée: si elle change en profondeur le monde du travail, elle ne va pas se traduire par un chômage élevé. Comme tout progrès technologique majeur, elle ouvre de nouveaux horizons professionnels et crée un nombre significatif d’emplois.
L’enquête met également en exergue de fortes disparités géographiques: 34 pour cent des emplois dans les pays à revenu élevé seraient exposés à l’IA générative, contre 11pour cent dans les pays à faible revenu. La Suisse, qui possède une économie hautement développée, est concernée au premier chef par l’IA. Est-elle prête à relever le défi?
Oui, selon le classement de l’«AI Preparedness Index» établi par le Fonds monétaire international (FMI), qui place la Suisse à la troisième place sur 186 pays. Un résultat qui ne doit rien hasard. Les conditions cadre qui définissent le modèle économique helvétique sont autant d’atouts pour assurer une transition technologique réussie: la liberté économique, la flexibilité du marché du travail, l’excellence de la formation professionnelle et académique et la solidité du partenariat social.
Si l’optimisme est de mise, rien ne serait plus périlleux que de se reposer sur ses lauriers. Nos autorités l’ont bien compris. A l’instar de l’Initiative Formation professionnelle 2030, les plans d’enseignement sont régulièrement adaptés pour tenir compte de l’évolution technologique en intégrant les compétences clés en matière d’IA.
Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».