Taxer l’immigration, restreindre le droit au séjour permanent, exiger un extrait de casier judiciaire: le Conseil des Etats a décidé de durcir les règles en matière de libre circulation des personnes avec l’Union européenne (UE), lors des récents débats sur les Bilatérales III.
Dans la même veine, le Conseil des Etats a approuvé une motion déposée par le sénateur du Centre Benedikt Würth, qui demande de renforcer l’efficacité de l’obligation d’annoncer les postes vacants en accordant la priorité aux chômeurs du marché suisse.
Pour rappel, depuis le 1er juillet 2018, les employeurs ont l’obligation d’annoncer à l’Office régional de placement (ORP) les postes vacants dans les professions où le taux de chômage national atteint au moins 5 pour cent, en application de l’initiative contre l’immigration de masse.
Sur le principe, la volonté de la Chambre haute d’appliquer de manière plus stricte la préférence nationale mérite d’être soutenue. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, il y a lieu de promouvoir le potentiel de la main-d’œuvre indigène, notamment en donnant aux demandeurs d’emploi inscrits dans un ORP un accès privilégié aux postes vacants.
On peut douter qu’un Office régional de placement (ORP) soit en mesure d’évaluer l’aptitude d’un candidat de manière plus fiable qu’un employeur
Le hic, c’est que la motion renforce outre mesure le rôle des ORP pour atteindre cet objectif. Aujourd’hui, l’administration se limite à proposer aux entreprises des dossiers de candidatures adéquats. Désormais, les conseillers en personnel seraient habilités à évaluer quels demandeurs d’emploi répondent au mieux aux besoins des entreprises.
On peut douter qu’un ORP soit en mesure d’évaluer l’aptitude d’un candidat de manière plus fiable qu’un employeur. La réussite d’un processus de recrutement découle non seulement du profil du candidat mais aussi de son adéquation avec la culture d’entreprise et la composition du personnel (pyramide des âges, proportion hommes-femmes). Elle doit aussi correspondre aux compétences déjà existantes dans l’entreprise.
L’intervention parlementaire va même plus loin: des sanctions de nature financière ou administrative sont prévues pour les employeurs qui refuseraient d’embaucher une personne jugée apte par les ORP. Or, de telles sanctions entraîneraient une fâcheuse insécurité juridique. Pour y échapper, le risque est grand de voir des entreprises renoncer à des candidats qualifiés venant de l’étranger, alors même que ces derniers seraient les plus aptes à occuper le poste recherché.
La motion Würth préconise de transférer la responsabilité de la sélection du personnel des entreprises vers les autorités. Ce renversement des rôles porte atteinte à la liberté de recrutement des employeurs puisqu’elle s’accompagne d’obligations, de contrôles et de sanctions supplémentaires. Une telle étatisation du recrutement doit être rejetée: il appartient aux employeurs, et à eux seuls, de choisir le candidat le plus apte à occuper un poste au sein de son entreprise.
Le commentaire de Marco Taddei est paru dans «l’Agéfi».