«Qui nous sommes»: portrait de Lukas Müller-Brunner

A intervalles irréguliers, nous présentons les divers membres du secrétariat de l'Union patronale suisse (UPS). C’est aujourd’hui le tour de Lukas Müller-Brunner, qui est responsable du secteur Politique sociale de l’UPS depuis le printemps 2020. Dans un avenir proche, notre collaborateur sait qu’il va être très absorbé par la question de la réforme durable et du financement garanti de la prévoyance vieillesse.

Vous avez pris vos nouvelles fonctions à l’UPS au moment même où éclatait la crise du coronavirus. Comment avez-vous vécu vos débuts dans cette situation extraordinaire?

C’était très insolite; j’ai passé mon premier jour de travail dans des bureaux déserts, où je m’étais  rendu surtout pour prendre l’ordinateur qui me permettrait de travailler depuis chez moi. Mon départ de mon précédent poste à l’Université de Saint-Gall a été encore plus inhabituel, puisque j’ai quitté mon bureau sans pouvoir prendre physiquement congé de mes collègues. En même temps, un certain pragmatisme était de mise, car la situation, après tout, était la même pour tout le monde. À cet égard, j’ai été très reconnaissant, par exemple, de pouvoir aborder directement les personnes auxquelles j’avais à poser des questions, personnes que j’aurais sans doute formellement dû commencer par rencontrer et apprendre à connaître dans des circonstances normales.

Dans votre secteur Politique sociale, quels sont actuellement les questions d’une actualité brûlante pour les employeurs?

Le plus grand chantier est certainement celui de la prévoyance vieillesse, qui confronte le premier et le deuxième pilier – AVS et caisses de pension – à d’énormes défis. Et cela, notons-le bien, indépendamment de la crise du coronavirus, puisque l’augmentation de l’espérance de vie, combinée à un climat de faibles taux d’intérêt, a déjà provoqué de graves fissures dans les fondations avant la mise à l’arrêt de l’économie due au Covid-19. Sans compter, ne l’oublions pas, l’énorme montagne de dettes qui ne cesse de s’accumuler notamment dans l’assurance-invalidité, malgré les efforts de réforme. Comme vous le voyez, nous aurons beaucoup de pain sur la planche dans un avenir proche.

Vous avez une famille et trois enfants âgés de 1 à 7 ans. Pour eux, quelles sont les questions sociopolitiques les plus importantes par rapport à leur situation de vie?

Je pense que l’implication personnelle n’est pas nécessairement un motif idéal pour fixer des priorités. Mais peut-être change-t-elle la perspective. Quand je regarde mes enfants, je vois bien certains parallèles entre la politique climatique, les dettes du coronavirus et la prévoyance vieillesse : les dimensions sont gigantesques et les périodes s’étendent sur plusieurs générations. Politiquement, il est donc souvent plus facile de remettre les problèmes à plus tard plutôt que de s’y attaquer. Surtout parce que les solutions font mal immédiatement et que les avantages ne se matérialisent que dans le futur. Si je réussis à travailler ici en faisant tant soi peu bouger les choses aujourd’hui, les enfants me seront certainement une bonne motivation.

A quoi les employeurs doivent-ils se préparer le plus (activement aussi) en matière de prévoyance sociale? Et pourquoi?

Cela dépend beaucoup de la taille de l’entreprise et de la situation initiale de chacun. Par sa nature même, un grand groupe international a des priorités différentes de celles d’une PME locale. En général, cependant, je remarque que les employeurs s’impliquent beaucoup dans la politique sociale. L’exemple le plus récent est le programme en sept points visant à renforcer la position des travailleurs âgés, qui a été co-initié par les employeurs – c’est un programme particulièrement important compte tenu des prochaines vagues de départs à la retraite qui laisseront, estime-t-on, quelque 500’000 postes à repourvoir. Autre exemple: le compromis des partenaires sociaux en faveur de la révision de la prévoyance professionnelle, élaboré conjointement avec les syndicats: il y a là beaucoup d’engagement de la part des employeurs et une volonté certaine de parvenir à un consensus, sans quoi nous n’aurions certainement pas abouti à ce résultat. Il est donc d’autant plus important, à mon sens, que nous ne mettions pas en péril, par légèreté ou sur un coup de tête, les réseaux de sécurité sociale actuellement mis en place.

Dans quelle mesure la crise du coronavirus influence-t-elle les recommandations que vous  faites aux employeurs ci-dessus (4.) ?

Franchement, je doute qu’il soit déjà possible d’évaluer cela au stade actuel. La Confédération a certes fait des prévisions préliminaires concernant le financement de l’AVS, par exemple, et les effets de la crise sanitaire dans les années à venir. Si elles se vérifient, j’en serais heureux. Mais il y a aussi beaucoup d’incertitude : l’économie pourra-t-elle vraiment se redresser aussi rapidement pour retrouver son niveau initial ? Et qu’en sera-t-il de l’immigration ? Tous ces éléments ont un impact majeur sur nos assurances sociales. Là aussi, cependant, je salue le pragmatisme dont j’ai parlé au début : quand je vois la vitesse à laquelle les employeurs ont su trouver des solutions non bureaucratiques pendant la crise, je me dis que nous sommes bien armés pour affronter également les défis de demain.