Les partenaires sociaux doivent s’armer pour affronter l’avenir

Les données publiées il y a peu par l’Office fédéral de la statistique (OFS) le montrent bien: parmi les travailleurs soumis à une convention collective de travail (CCT), la tendance est toujours à la hausse. Ils étaient 2’066’550 en mars 2016, contre moins de deux millions deux ans auparavant, lors du dernier relevé. Autrement dit, en progression de 0,7 point sur cette période. Depuis plusieurs années, le nombre d’employés assujettis à une CCT augmente continuellement, aussi bien pour les CCT ordinaires que pour les CCT de force obligatoire générale. Bien que ces dernières années, les conventions collectives aient été dans l’ensemble un peu moins nombreuses, il n’y a aucun besoin de rattrapage: toujours plus de travailleurs profitent des conditions de travail définies dans ces dispositifs réglementaires négociés par les partenaires sociaux.

Par conséquent, rien ne permet d’affirmer que la protection des travailleurs régresse dans notre pays, comme le font volontiers certains syndicats pour appuyer leur exigence d’une multiplication des conventions collectives. Les derniers chiffres de l’OFS ne les y autorisent pas, ni d’ailleurs le fait que les CCT ne sont pas incontournables pour assurer la protection des travailleurs, comme le prouvent diverses branches et entreprises hors CCT qui offrent également des conditions de travail attrayantes.

 

Rien ne permet d’affirmer que la protection des travailleurs régresse dans notre pays.

En revanche, s’il est un développement à discuter, c’est le recul de l’engagement syndical parmi les travailleurs. Comme le confirment les chiffres de l’OFS, le nombre des affiliés recule continuellement depuis 2013 – alors qu’il y a toujours plus de personnes actives, donc d’adhérents potentiels pour les syndicats. Pour inverser cette tendance et continuer d’être un partenaire social représentatif, les syndicats doivent trouver les moyens de rester un acteur séduisant et adapté à son temps aux yeux de leur clientèle.

C’est aussi dans l’intérêt bien compris des employeurs. Car le partenariat social et les réglementations des conventions collectives ont toute leur valeur. Si les syndicats deviennent de plus en plus agressifs à cause du rétrécissement de leur base, les futures négociations entre partenaires sociaux ne s’en trouveront pas facilitées. Sans compter les défis supplémentaires qu’il nous faut relever ensemble, notamment dans le sillage de la transition numérique et de ses conséquences pour les relations et les formes de travail. Sur cette toile de fond, les deux parties doivent donc réfléchir à la manière de demeurer à l’avenir des acteurs influents du partenariat social et des interlocuteurs compétents pour leurs membres.